Le dernier kilomètre

Comme nous l’avons déjà dit, le retour au pays est un parcours difficile.

Cela implique pour celui qui revient une remise en question et un ajustement de son vécu récent aux traditions et à l’environnement socio-culturel de son pays.

Son identité s’est enrichie au contact de nouvelles perceptions, d’un autre mode culturel. Il jette un regard neuf sur le monde qu’il avait quitté au moment d’entamer sa longue transhumance. Il faut assumer ce vécu sans porter de jugement, sans cracher dans la soupe mais aussi avec la volonté de fusionner sa modernité avec la tradition retrouvée de ses origines.

Dans beaucoup de cas, les jeunes qui reviennent ont un cursus académique de haute volée et ils ont l’ambition de participer au développement de leur pays. Tout comme ceux qui ont accompli leurs études au pays.

« Mais ils doivent encore franchir le dernier kilomètre entre le diplôme et l’emploi. »

C’est le plus difficile. Car s’il faut à la fois pouvoir s’assurer d’être formé, il faut aussi pouvoir s’assurer d’avoir un emploi, et cela dans un environnement économique extrêmement mouvant où l’horloge pédagogique et l’horloge des besoins en compétences ne se nourrissent pas du même espace-temps.

Il y a aussi la tentation de l’entrepreneuriat nourrie par toutes les épopées virtuelles des startups en devenir.

Il y a aussi ces métiers d’avenirs qu’on oublie, raisons sociales et familiales obligent, ces maçons, ces plombiers, ces électriciens, ces techniciens de BTP, ces soudeurs, ces mécaniciens qui vont représenter une grande partie des besoins en emploi dans l’écosystème africain.

Il y a aussi ces métiers de l’agriculture, qui est au coeur de l’économie africaine, qu’on ne peut pas laisser disparaître sans tirer profit des technologies rurales, agraires, hydrauliques, pastorales, etc.

Il faut enfin définir la compétence comme une combinaison alliant capacité d’adaptation et souplesse d’esprit plutôt que comme l’expression figée d’un diplôme et d’un cursus universitaire.

Franchir ce dernier kilomètre demande des structures d’accompagnement qui permettent de travailler dans une logique de dialogue permanent sur des thèmes déterminés.

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La dimension emploi :

  • Apprendre à faire son bilan personnel,
  • Identifier son domaine professionnel et identifier les domaines collatéraux,
  • Construire son projet professionnel,
  • Comment dresser des passerelles entre demandeurs d’emploi et le marché du travail.
  • Faire du coaching professionnel.

La dimension modèle économique :

  • Bien identifier les parties prenantes de l’environnement rural ou urbain. Aller à leur rencontre, pour savoir quels sont leurs besoins, leurs forces, leurs aspirations, Comprendre ce qui existe et ce qui manque dans leur environnement.
  • Définir quelles actions à mettre en place pour que les parties prenantes trouvent leur autonomie par le travail, la formation, l’accompagnement, etc.
  • Définir quelles sont les solutions originales qui peuvent être apportées aux problèmes des parties prenantes. Autrement dit, quelle valeur ajoutée faut-il leur apporter.

La dimension « Entreprise » :

  • Là encore, aller à la rencontre des entreprises, pour connaître leurs besoins en compétences et en ressources humaines, la réalité du marché du travail, ses forces, ses faiblesses, la pérennité de l’emploi.
  • Connaître les besoins en compétence des entreprises. Définir les paramètres de qualité professionnelle.

La dimension « Réseau »

  • Construire un réseau professionnel et de qualité.
  • Elaborer un label de qualité « emploi » (pour certifier que les candidats qui sont recommandés par cette filière ont toutes les qualités requises)
  • Etablir des passerelles entre le marché de l’emploi, les projets professionnels, et les demandeurs d’emploi.
  • Tenir un fichier vivant et dynamique sur l’évolution des entreprises en matière de ressources humaines, de ses points forts, de ses besoins en compétences, de ses attentes, de ses déceptions.

Quelques initiatives intéressantes.

A voir dans un article du Monde paru en octobre 2016 : « En Afrique, les jeunes innovent et construisent leur enseignement supérieur à la carte » qui expose la synthèse d’une étude faite par le Cabinet Dalberg sur « L’Université du Futur » :
Un site qui combine recherche d’emploi et modules pédagogiques pour des projets professionnels Fuzu.com

Le programme « RH-Excellence Afrique », créé et piloté par le CIAN, avec le soutien de la Fondation AfricaFrance.

Un exemple de programme de tutorat, tuteria.com, qui vous aide à trouver des experts pour compléter vos connaissances.

Revenir au pays n’est pas un long fleuve tranquille

Beaucoup de jeunes africains viennent en France et dans d’autres pays pour accomplir des études et acquérir une expertise que leur pays ne leur permettait pas d’acquérir.

Certains sont venus par des filières officielles telles que des bourses d’études, d’autres par des moyens personnels.

Dans beaucoup de cas, une fois le diplôme acquis, le retour au pays est difficile.

Comme disait l’un d’entre eux, rentrer sans avoir d’opportunité de travail, c’est une impasse. Je ne peux plus revenir en France pour continuer à me perfectionner.

L’examen d’autres intentions de retour laisse apparaître les mêmes difficultés sous des formes différentes ou similaires.

Plutôt que de risquer de se mettre dans une situation précaire, ces diplômés ne trouvent souvent pas d’autres solutions que d’accroître leur expertise par des études complémentaires, ou en trouvant des emplois qualifiants en France, au Canada, aux États-Unis, en Australie ou encore ailleurs.

Chercher un emploi depuis l’étranger est très difficile, il faut être sur place ou avoir les moyens de connaître les bonnes filières ou les bons réseaux. Mais même, pour des concours comme ceux de la fonction publique, il faut pouvoir se porter candidat comme les autres avec les risques de ne pas être reçu.

Revenir au pays implique aussi de pouvoir se réintégrer après une si longue absence. La détection des opportunités s’est émoussée, il y a perte de certains repères, les réflexes d’antan se sont affaiblis. La société a évolué, d’autres qui n’ont pas eu la possibilité de partir pour approfondir leurs savoirs, ont gardé leurs facultés de veille sans que cela soit nécessairement un atout pour eux.

Il se développe aussi une image assez négative de la valeur travail au Mali. Sous des formes différentes, on entend le même discours auprès d’un groupe qui rassemble des diplômés de haut niveau comme la Cellule pour le Développement du Mali. Ils relèvent par exemple des tendances au laisser-faire. L’obligation sociale excuse des absences et la culture d’entreprise est très éloignée des normes occidentales sinon inexistante.

Le chemin vers le pays est loin d’être un long fleuve tranquille et beaucoup de méandres ne cessent de mettre en évidence la solitude du candidat au retour.

Certes dans nos pays beaucoup d’initiatives d’accompagnement apparaissent sans qu’il n’y vraiment de résultats tangibles.

Il y a beaucoup de raisons à cela.

La crainte de l’échec sans possibilité de rattrapage, La méconnaissance du marché du travail. La difficulté d’avoir une relation pérenne avec l’environnement de l’emploi. La méconnaissance de soi et du « comment se mettre en valeur ? ». La difficulté d’avoir des données pertinentes et d’entretenir la veille sur l’environnement et sur l’écosystème.

Il y aussi le fait de se trouver devant un choix contraint. Vu d’ici, le projet professionnel se réduit à devenir promoteur. Dans un marché où l’emploi salarié est mal perçu, il ne reste souvent que la création d’entreprise comme seule alternative.

Il faut bien comprendre que le fait de vouloir créer une entreprise n’est pas un choix de métier, c’est un choix de vie. Ce n’est pas un choix qui se prend à la légère, mais après mûre réflexion sur sa situation personnelle et sa capacité à absorber les chocs énormes qui en découleront.

Et encore là, toutes les associations qui ont vocation d’accompagner les projets de développement en Afrique ou ailleurs se heurtent à un mur. Celui de la connaissance de l’impact local. Elles ont beaucoup de qualités pour aider les jeunes impétrants à acquérir une connaissance basique des paramètres de la création d’entreprise, elles manquent par contre des ressources nécessaires pour crédibiliser le projet dans son réel environnement.

Pour une raison toute simple. Il n’y a pas de correspondant sur place ou du moins il n’existe pas de filière d’appui, digne de confiance, sur le terrain pour recueillir des informations et pour en garantir la fiabilité.

Et si le candidat promoteur ne peut pas se rendre sur place pour recueillir les informations nécessaires à la faisabilité de son projet. Il va tourner en rond et épuiser ses ressources personnelles.

Enfin, il faut cesser de s’abreuver à l’hypermédiatisation de la start-up.

Cette alternative est mal évaluée et les motivations du futur promoteur sont parfois inadaptées aux dimensions réelles du projet. Par excès de romantisme, par ignorance de toute la nécessaire gestation de l’idée vers sa réalisation.

Par confusion et immaturité, l’énorme effort personnel que nécessite la création d’entreprise est parasité et flouté.

Le discours officiel encense la start-up, l’incubateur, et oublie d’évoquer le moyen terme. Il ne faut pas seulement faire saliver mais aussi faire grandir.

Je vous renvoie à une chronique de Marc Bertonèche parue dans Les Echos dont le titre parle de lui-même; « Beaucoup de « start », peu de « up »

Je pense que tous les efforts d’accompagnement qu’on pourra prodiguer pour soutenir les candidats au retour ne trouveront une réelle chance de réussite que s’il existe ce que je vais appeler des cellules d’intégration.

Il faut assurer un relais entre la diaspora et le pays. Il faut pouvoir offrir un lieu d’accueil, une organisation, un système, une communauté qui offre à tous ceux qui ont un projet à bâtir, professionnel ou autre de se ressourcer.

Cette cellule permettrait d’assurer le recueil des informations sur l’évolution des faits de sociétés, des faits économiques et politiques, recenserait les données de l’écosystème, ses forces et ses faiblesses. Ferait un état des lieux du milieu entrepreneurial et social pour savoir à quels problèmes ils sont confrontés et quels besoins ils veulent satisfaire.

Une cellule qui permettrait d’aider les maliens chercheurs d’emploi, à évaluer leur potentiel et à apprendre à prouver leurs compétences et développer une nouvelle valeur travail.

Faire de cette cellule un lieu d’échange d’informations et d’émergence d’une culture de travail, de connaissance de soi. Un lieu de maturation d’une décision vocationnelle.

A titre d’exemple, quelques actions qui pourrait guider la réflexion.

Identifier les besoins de développement local et durable en allant à la rencontre des communautés qui estiment vouloir changer leur cadre de vie. Comprendre ce qui existe et ce qui manque dans leur environnement.

Définir quelles actions à mettre en place pour que les bénéficiaires deviennent autonomes par le travail, la formation, l’accompagnement, etc.

Bien identifier les clients, c’est-à-dire ceux qui acceptent ces services et ces nouvelles valeurs. Savoir quels sont leurs besoins, leurs forces, leurs aspirations. Quels sont les problèmes qui les préoccupent, principalement au niveau du personnel ?

Définir quelles sont les solutions originales qui peuvent être apportées aux problèmes, tant des clients que des bénéficiaires, ou autrement dit quelle valeur ajoutée peut être apportée.

Pouvoir travailler avec un réseau franco-malien (à dominante vivant au pays), recenser les personnes potentielles avec qui travailler, trouver des partenaires. C’est la réussite collective qui est importante.

Vous avez dit « Djoliba Valley » – Abdoulaye Z. Bagayoko.

Récemment, le sénégalais Souleymane Bachir Diagne, éminent philosophe et enseignant à la Columbia University de New York, a porté un regard critique sur la propension à l’entreprenariat.

« Qu’est-ce que cela veut dire, soyez des entrepreneurs ?

Si les systèmes éducatifs peuvent mettre en place dans une certaine continuité des incubateurs, et que la formation elle-même soit prolongée par des études de projet, là on peut comprendre. Mais dire simplement aux étudiants, soyez des entrepreneurs ! Cela n’a aucun sens. »

A lire dans Le Monde Afrique.

Il faut bien avouer que la création d’entreprise est depuis longtemps la tarte à la crème des stratégies de lutte contre la précarité de l’emploi.

Il ne faut cependant pas oublier que toutes ces mesures relèvent avant toute chose d’une volonté d’éradiquer le chômage et d’une dynamique de projet professionnel.

Et sous ce concept de projet professionnel, il faut intégrer la recherche d’un emploi salarié tout autant que la promotion d’un projet entrepreneurial. Quelque soit le choix, le parcours est semé d’embûches, pour autant que l’on prenne les choses à cœur.

Sur le terrain de la création d’entreprise, on voit aussi apparaître des structures d’assistance et de formation sous le vocable d’incubateur ou de pépinière d’entreprise. Ce sont des cellules d’accompagnement de projets de création d’entreprise. L’incubateur peut aussi apporter un appui en termes d’hébergement, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de l’entreprise. Il existe aussi des institutions d’aide à la création au sein des Chambres de Commerce, mais aussi dans des entités plus indépendantes comme l’ADIE, France Entrepreneuriat.

Il en existe de nombreux exemples en Afrique de l’Ouest. Au Mali vient de se créer sous l’impulsion, entre autre, d’Orange Mali, « Createam ». Dans le domaine plus spécifique de l’agriculture, il existe une ONG malienne qui aborde depuis longtemps, à la fois la formation d’adultes à des métiers ruraux, mais joue aussi le rôle d’incubateur et d’accompagnateur dans la création d’entreprise « AJA-Mali ».

Au Burkina Faso, on trouvera La Fabrique. Il y en a d’autres au Sénégal et ailleurs en Afrique.

De manière générale, je pense que le défi de la création d’entreprise, dont je ne nie pas l’utilité, fait d’abord partie de l’ADN de beaucoup de personnes et de jeunes en particulier, et, rapporté au continent africain, il est l’expression d’une volonté de changement, dans le sens où l’exprime Maurice Godelier dans un livre sur l’ethnologue français Levi-Strauss (le Seuil, 2013) :

« Nous sommes la seule espèce qui non seulement vit en société, mais qui produit de nouvelles formes d’existence sociale et donc de culture pour continuer à vivre. Produire et non pas reproduire la société, tel est le propre de l’homme ».

Jean-Michel Severino et Jeremy Hajdenberg, auteurs du livre « Entreprenante Afrique » font bien remarquer dans un article paru dans Le Monde :

« Ces entreprises sont portées par des hommes et des femmes qui incarnent une nouvelle génération, ancrés dans la modernité bien que profondément attachés à leurs racines, désireux de s’enrichir, mais partageant tous la même vision : c’est par l’entreprise durable et utile que l’Afrique émergera. Face à un environnement où tout est à construire, ils sont des héros qui déplacent bien des montagnes.

L’énergie de ces entrepreneurs est l’une des raisons profondes de la dualité économique qui est en train de s’installer en Afrique : la croissance des pays pétroliers et miniers durant les quinze dernières années (Nigeria, Angola, etc.) et la résilience de l’Afrique du Sud ont occulté l’extraordinaire trajectoire d’un grand nombre de pays pauvres, enclavés et dépourvus de ressources minières et pétrolières – y compris au Sahel. Aujourd’hui, ces pays, riches de leur marché intérieur en constante progression, du Kenya à la Côte d’Ivoire, du Sénégal à l’Ouganda, de l’Éthiopie au Togo, continuent à connaître des taux de croissance supérieurs à 6 %. Globalement, les modèles économiques se diversifient de plus en plus et l’on commence à voir pointer des spécialisations industrielles à l’exportation, comme en Éthiopie, tandis que les stratégies des grands partenaires comme la Chine ou l’Europe influent de plus en plus sur les structures économiques. »

Il faut également prendre en compte l’évolution du concept d’économie du développement.

Par le passé, elle se concentrait sur les grands travaux d’infrastructure à partir d’un diagnostic de recherche sur ce que les pays en développement n’avaient pas et ce qu’ils n’arrivaient pas à faire correctement.

C’était une manière de vouloir reproduire la société telle qu’elle existe dans les pays occidentalisés.

Maintenant, on a enfin compris qu’il était temps d’arrêter de dire aux pays d’Afrique comme à d’autres pays à faible revenu ce qui ne va pas et ce qu’ils doivent changer ; mieux vaut travailler avec eux à identifier leurs atouts sur la base de ce qu’ils ont aujourd’hui. Ils pourront transformer ces atouts en compétitivité sur les marchés nationaux et internationaux.

Je pense notamment à l’extraordinaire développement de l’usage de l’internet mobile (64 % pour l’Afrique alors qu’elle n’est que de 30 % en France)  et d’autre part aussi à la croissance des projets de création et d’utilisation d’une énergie renouvelable qui vient bouleverser le rapport qu’ont les populations avec les besoins en électricité.

En ce qui concerne l’internet mobile, les statistiques sont éclairantes.

Selon l’institut de sondage, « Afrobaromètre », qui a enquêté dans 34 pays entre 2011 et 2013, 93% des Africains ont accès à la téléphonie mobile. Ils sont 88% à pouvoir aller à l’école, 59% à avoir l’eau courante et 28% à être reliés à un système d’épuration des eaux. (Merci à Mariam Konate)

En ce qui concerne l’énergie renouvelable :

« Le coût de production de l’énergie solaire est passé de 4 dollars le watt en 2008 à 1 dollar aujourd’hui, ce qui ouvre des perspectives nouvelles »

Banque Africaine de Développement – Rapport sur le Développement en Afrique 2015

Si nous revenons à la création d’entreprise ou plutôt à celui de la recherche d’un emploi, je pense qu’on oublie de recourir à l’intelligence collective. Les incubateurs n’ont d’autre fonction que de former des individualités aux techniques de la création d’entreprise.

Et heureusement qu’elles existent comme le fait remarquer cet article paru dans la Libre Belgique, intitulé « L’incubateur: bâton indispensable de la start-up? »

« Jusque-là, nous ne nous étions pas confrontés au marché. L’incubation nous a permis de sortir de notre bulle, de passer en mode cocréation… l’incubation fut comme une initiation en concentré : « Ce fut un peu HEC en 3 mois. Le moyen de faire passer une masse d’informations en peu de temps. Sans cela, nous aurions peut-être mis 10 ans pour collecter toutes les compétences nécessaires à droite et à gauche…« 

Je constate qu’il y a un grand malentendu teinté de beaucoup de naïveté dans le concept de création d’entreprise. On mélange réussite et succès avec argent. Malentendus trop souvent alimentés par tous les gourous qui dispensent leur parole évangélique dans des séminaires, conférences, sites internet, et autres manifestations.

Car il manque avant tout un savoir-être ou plutôt un « comment suis-je ? ». Le savoir-faire est simple à transmettre. On ne porte pas assez l’accent sur la nécessité de développer une maturité, d’entraîner les postulants à l’entrepreneuriat dans une réflexion personnelle. Une idée cela doit se murir, se tester, il faut la triturer dans tous les sens. Il ne suffit pas de dire je vais créer un centre de formation à l’agriculture dans un endroit où cela existe. Il ne suffit pas de dire je veux créer un lycée dans une ville qui en comporte déjà, sans savoir réellement si cela est nécessaire, utile. Il ne faut pas confondre les études de marché avec le marketing à 5 francs 6 sous.

C’est une crainte qui est souvent exprimée par de nombreux postulants à l’aventure. Où vais-je trouver l’idée ? Alors que cette idée se trouve à la confluence de plusieurs paramètres. Comme indiqué dans le schéma ci-dessous.

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Il existe plusieurs formes d’entrepreneuriat.

Celle assez classique de ceux qui veulent développer une idée de produit ou de service et qui cherchent de l’aide pour monter l’entreprise qui va le lancer sur le marché.

Une autre dans laquelle les promoteurs veulent donner une forte fonction d’utilité sociale à leur projet économique. Cette voie relève de ce qu’om appelle l’Économie Sociale et Solidaire ou ESS.

D’une autre manière, c’est dire :

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Il y a enfin une troisième voie d’incubation. Celle qui concerne plus particulièrement le développement durable et qui met en relation tous les acteurs d’un territoire pour résoudre les problèmes particuliers qui affectent ces entités (commune, région, quartier, etc.).

On y mettrait en coopération et non en compétition dans des ateliers coopératifs tous ceux qui restent intéressés à l’échange pour la résolution de problèmes.

Comme par exemple :

  • une association qui souhaite répondre à un besoin local mais qui n’a pas les compétences en lui-même pour le faire lui-même
  • des promoteurs ou des entreprises locales qui souhaitent développer un nouveau produit ou service qui intègre les démarches DD
  • une collectivité qui souhaite mettre en place un programme local mais qui cherche des partenaires avec qui elle peut s’associer pour le mener
  • et aussi des boursiers comme ceux de la Cellule pour le Développement du Mali de retour au pays pour y préparer leur parcours d’insertion.

J’imagine une démarche d’incubation de développement dans des ateliers coopératifs, charnière permanente entre la diaspora, ceux qui rentrent au pays et les différents écosystèmes territoriaux du Mali.

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  • Pour créer des foyers d’incubation d’une culture alliant tradition et modernité, en ne négligeant pas le secteur informel.
  • Pour instaurer une dynamique de l’emploi sur le terreau national.
  • Pour favoriser la création collective et assistée d’entreprises.

Je voudrais terminer en citant quelques extraits de la réflexion d’un ancien président de la Cellule pour le Développement du Mali sur les thèmes que je viens d’évoquer.

« Vous avez dit Djoliba Valley ?

J’aurais voulu assister à la présentation de Jean-Claude Feys sur la création d’un Djoliba Valley, mais ça n’a pas été possible.

Par rapport à cette idée, le gouvernement du Mali à travers le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation mène des investigations en vue de favoriser la création d’incubateurs de startups. Cette nécessité a été beaucoup discutée lors des assises nationales de la recherche scientifique et de l’innovation tenues au mois de mai 2016. Un reportage sommaire se trouve dans cette vidéo entre les durées de lecture 12:30 et 15:00.

Parallèlement aux actions du gouvernement, Bamako compte aujourd’hui plus de 2 projets d’incubation dont Impact Hub et Createam et la dynamique est croissante.

Autant vous dire que, dans les années ou même les mois à venir, il y aura au Mali plusieurs Djoliba Valley. C’est une nécessité car nos voisins l’ont fait et aussi parce que c’est le moyen le plus sûr aujourd’hui pour absorber le chômage des jeunes.

S’adressant spécifiquement au cas des boursiers et anciens boursiers d’excellence; à la création de la CPD en 2007 nous avons essayé de favoriser, à travers la création de Minicode et d’autres rencontres, l’entreprenariat collectif et la création d’un cadre d’incubation où les boursiers une fois les diplômes en poche peuvent s’exprimer et créer.

Mais cela a toujours été un échec pour plusieurs raisons dont le manque crucial de culture d’entreprise et de travail collaboratif. Il y a aussi le fait que, faute de suivi pertinent au plus haut niveau, les boursiers n’ont jamais été conscients de manière collective des objectifs réels du programme des bourses d’excellence et de ce que l’état attend d’eux.

Aujourd’hui, la CPD a réussi à poser des actions extrêmement importantes concernant l’intégration des nouveaux et de leur orientation. Mais il y a un pas très important à franchir pour réussir l’insertion professionnelle des anciens boursiers au Mali. Et un projet de création d’un cadre d’incubation d’idées innovantes pour favoriser la création d’entreprise est nécessaire. La CPD doit porter ce projet auprès de son ministère de tutelle qui va sans doute l’accueillir à bras ouverts.

Aussi, je voudrais souligner un point important, l’entreprenariat n’est pas une question d’excellence, c’est un état d’esprit, c’est une culture et ça s’apprend !

Pour favoriser l’entreprenariat « positif » il faut d’abord avoir conscience de l’environnement (en occurrence du Mali), des besoins et des moyens disponibles dans cet environnement.

Un programme peut consister à sensibiliser les boursiers des besoins locaux pendant leurs passages au Mali durant les vacances par des visites de terrain, d’entreprises, de services et par d’autres moyens, à définir, dans le but de leur permettre de savoir les directions à prendre et les problèmes à résoudre. Ce programme peut aussi inclure des volets séminaires et formations courtes en création et gestion d’entreprise. De ce fait, très tôt, les boursiers se situeront par rapport à un projet professionnel bien structuré.

Amicalement

Abdoulaye Z. BAGAYOKO

Ancien Président de la CPD »

J’ajouterais aussi que l’Université pourrait également jouer un rôle important dans son rôle de dispensatrice de savoir. C’est offrir, à ceux qui le souhaitent, un circuit d’initiation, de découverte, de partage, et d’émulation de leur créativité et de leur expertise.

La CPD ne doit pas négliger la raison fondamentale de son existence. Être une cellule pour le Développement du Mali. La CPD porte en soi une valeur ajoutée collective de haute volée. Il ne faut pas l’éteindre dans le vase clos de l’université ou de la bureaucratie. Il ne faut pas faire de ses membres seulement des philosophes.

Ce sont des jeunes pousses qui ne demandent qu’à grandir, évoluer et participer à la construction du pays. Ils ont un vécu qui ne demande qu’à s’enrichir. Mais pas dans la solitude, ou dans l’exil.

 

Pourquoi pas une CPD Valley ?

J’ai eu l’occasion de participer à une assemblée générale de la « Cellule pour le Développement du Mali » (CPD) qui s’est tenue à Valence dans la Drôme pendant le week-end du 11 novembre.

Cette entité réunit ce qu’on appelle aussi les « Boursiers de l’excellence ».

C’est une initiative qui a vu le jour en 2000, sous l’impulsion du Président malien Alpha Oumar Konaré.

Chaque année, une quinzaine de jeunes maliens, issus d’une sélection très rigoureuse après le baccalauréat se rendent tous les ans en France, avec l’appui de la coopération, pour poursuivre des formations de pointe dans divers domaines tels que les télécommunications, l’informatique, l’économie, les finances.

Si au départ, il y avait une obligation de l’Etat malien de leur fournir un emploi, on a du constater que très peu revenait au pays.

A ce jour, on peut estimer que, toutes promotions confondues, 147 sur 251 ont acquis un diplôme (un doctorat pour 35 %, un diplôme d’ingénieur pour 26,5 %, et une maîtrise 2 pour 34 %).

Parmi ceux-ci, 59 sont rentrés au Mali, où ils exercent un emploi dans l’enseignement supérieur, la fonction publique ou le secteur privé. Une partie plus faible s’est lancée dans l’entrepreneuriat.

Il en reste 88 qui sont allés chercher un emploi « ailleurs dans le monde », en France, aux USA, en Grande Bretagne, en Australie.

Pour beaucoup d’entre eux, une fois le diplôme obtenu, revenir au pays n’est pas une démarche simple. Car leur vision du pays a changé depuis leur départ.

Le thème de notre exposé concernait principalement le thème du retour et voulait présenter des propositions de pistes ou de scénarios d’insertion, qui combine à la fois leur domaine d’expertise et leur volonté de participer au développement de leur pays (qui reste un de leurs thèmes les plus chers)

Nous remercions Oumou Diallo, de nous avoir permis de vous présenter l’enregistrement vidéo de cet exposé et du débat qui s’en est suivi.

NB : Je voudrais rectifier une erreur que j’ai faite en parlant du Business plan. Il fallait entendre qu’un » Business était fait de 80 % de Word et 20 % d’Excel » et non le contraire. Autrement dit, peu de chiffres mais chaque chiffre est bien expliqué.

Je reviendrai dans un prochain billet sur les points importants de cet exposé.

Des startuppers au Mali créent la Sotuba Valley

Des startuppers au Mali créent la Sotuba Valley

Comme dit l’auteur, affaire à suivre.

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De jeunes startuppers au Mali se retrouvent dans le même quartier pour créer leur entreprise.

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Le fil d’Ariane d’une pépinière de développement.

Reprenons l’exemple que nous avons évoqué dans notre billet précédent.

Il s’agissait d’une commune rurale située à 130 km au sud-ouest de Bamako :

  • 5000 habitants répartis sur 7 villages
  • En dehors du réseau routier,
  • Activités d’agriculture et d’élevage
  • Marché hebdomadaire.

Rappelons certains éléments clés :

  • Existence d’une banque de céréales pour assurer la sécurité alimentaire
  • Le réapprovisionnement n’est pas assuré par la production locale
  • Concurrence du coton
  • Existence d’une structure d’encadrement pour le coton, mais inexistante pour les céréales.

La finalité du projet devrait avoir pour objet de rendre la commune autosuffisante pour assurer et maintenir son développement de manière autonome.

Cela veut dire, dans ce cas précis :

  • Rééquilibrer la production de coton et des céréales en sensibilisant et formant les paysans aux techniques de production agricoles des céréales tout autant qu’à celui des périmètres maraîchers.
  • développer de manière cohérente et ordonnée l’aviculture, non seulement pour les produits qu’on peut en retirer (oeufs, viande) mais aussi pour la production de fumure organique qui est nécessaire à l’amendement des sols.
  • Détecter les sources de création d’emploi en particulier au niveau de l’emploi jeune (exode rural)

Le projet va s’articuler sur 3 périodes :

Phases Ouroun

Appliqué au concept d’incubateur de développement, cet exemple montre qu’il peut rassembler des initiateurs de projets, des individus, des collectivités locales et régionales. Tout autant qu’il en initie tous les acteurs à l’ingénierie de projet.

Ce type de structure permet d’aménager un terrain de création collective où tous les acteurs peuvent entrer dans une logique réactive d’échanges et d’actions.

  • Connaître les réalités du terrain.
  • Élaborer des pistes de réflexion et d’action à partir de la connaissance du 
terrain.
  • Permettre à chacun des acteurs de pouvoir évaluer ses atouts et ses 
potentialités pour prendre la meilleure décision d’action.
  • Accompagner les acteurs à définir le projet, la stratégie optimale, les 
méthodes de suivi et organiser la réactivité.

Connaître les réalités du terrain

Il faut mettre à plat différentes réalités, personnelles, environnementales, techniques, et les confronter dans un schéma constructif d’examen et d’élaboration.

La cellule d’incubation doit pouvoir formuler un diagnostic sur les besoins de développement du Mali. Cela se traduira par un panorama du marché de l’emploi, mais aussi par la mise en évidence des opportunités techniques, économiques qui demandent une solution ou pour lesquelles les solutions apportées ne donnent pas satisfaction, cela se traduira aussi par une connaissance pragmatique des dimensions sociales et de ses besoins.

Le terrain

Élaborer des pistes de réflexion et d’action à partir de la connaissance du terrain.

Cela nécessite un dialogue permanent entre les différents acteurs pour permettre d’affiner la connaissance du marché et d’établir un premier ordre de priorités et de pistes de réflexions.

pistes

Accompagner les acteurs à définir le projet, la stratégie optimale, les méthodes de suivi et organiser la réactivité

accompagner

L’accompagnement, c’est un dialogue permanent où l’écoute mutuelle est essentielle.

Il ne faut pas apporter des solutions toutes faites, mais définir en commun les actions à mener en fonction du parcours, des expériences, des ressources et des objectifs poursuivis.

Accompagner, c’est aider les porteurs d’un projet à :

  • Voir clair dans ce qu’ils cherchent,
  • Pouvoir analyser eux-mêmes et faire la distinction entre ce qui est faisable et ce qui est utopiste,
  • Définir les garde-fous et les points de contrôle qui mesureront leur avancement vers les objectifs.

Ces incubateurs de développement vont ainsi enrichir la réflexion des créateurs d’entreprise. Cela fait partie du service que peuvent offrir ces incubateurs aux startups. Une vision du futur qui se base sur le réel mais aussi sur la nécessité de faire ensemble des nouveaux modèles économiques où l’offre proposée correspond à un véritable besoin de la clientèle potentielle tout en se distinguant par l’originalité des moyens mis en œuvre.

Il faut aider les gens à trouver les bonnes questions.

Dans un billet précédent, nous avons évoqué la mise en place d’un système de pépinières de développement qui rassembleraient des diplômés et des acteurs des collectivités locales ou régionales (communautés rurales, association de femmes, membres du secteur informel, etc.).

Ces structures d’assistance offrent la particularité d’aménager un espace de création collective où tous les acteurs peuvent entrer dans une logique réactive d’échange et d’action dans un grand projet collectif et multiforme où le dialogue doit être l’outil indispensable de révélation des idées.

Nous aimerions illustrer, à partir d’un cas réel, comment peuvent fonctionner ces incubateurs.

Un projet de développement ne se construit pas à partir de rien.
Il est le fruit d’un environnement déterminé où des problèmes apparaissent sans qu’il n’y ait nécessairement de solution adéquate ou sans que n’apparaisse vraiment une nécessité de solution.

Nous allons évoquer une commune au Mali située entre Bamako et Sikasso.

Elle regroupe environ 5.000 habitants répartis sur 7 villages. Les femmes qui représentent une bonne moitié de la population sont regroupées en associations peu encadrées mais relativement dynamiques. La commune fournit une main d’œuvre payante aux grosses exploitations agricoles (céréales, coton) pour des travaux de semis, sarclage, récolte, transport, etc.

L’agriculture et l’élevage sont les principales activités économiques, le maraîchage et l’arboriculture y sont pratiqués en saison sèche. Plusieurs marigots arrosent la commune et permettent la production du riz dans les bas – fonds et aussi de poissons.
Il y en plus une activité de cueillette (karité, néré, tamarin, plantes de médecine traditionnelle) ainsi que de production en saison sèche de bois de chauffe et le charbon de bois.

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La commune tient un marché hebdomadaire qui permet d’écouler des condiments, produits de cueillette, lait, charbon.

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Certaines femmes, regroupées en association, ont recours au micro-crédit pour renforcer les activités génératrices en revenus. Au travers des nécessités de ce type d’emprunt, elles prennent aussi doucement conscience des possibilités qu’offre la vie associative.
Au travers d’entretiens que nous avons eu avec elles, on s’aperçoit qu’elles prennent conscience de pouvoir faire mieux au travers d’un travail collectif.

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Mais il manque l’encadrement de formation qui va leur permettre de concrétiser la mise en place de nouvelles activités.

On ressent qu’elles trouveraient utile de mettre en place un ensemble d’activités diversifiées basées sur le maraîchage, le petit élevage, la production fourragère, l’aviculture, la formation et l’accompagnement des quelques initiatives de micro entreprises du milieu (réparateurs, tailleurs, photographes, potières, etc.).

Ce sont autant de thèmes qui pourraient être développés au sein d’une pépinière de développement et s’enrichir par la rencontre et la discussion entre tous les partenaires. De même, chaque acteur de ces cellules y trouverait des sources d’évolution de son potentiel propre.

Il permet aussi à ses membres d’apprendre à trouver et poser les bonnes questions.

 

_D90Ouroun_4439_DxOle rôle attribué au maraîchage pour assurer une activité de vente de condiments et de plantes potagères sur les marchés et l’élevage, entraîne d’autres questions et fait surgir d’autres pistes comme par exemple :

  • L’élevage va demander une production fourragère pour permettre une pérennisation de l’alimentation du bétail, il y a aussi d’autres débouchés tels que l’embouche, la production de lait. Il offre de cette manière un terrain d’osmose entre les éleveurs et les agriculteurs. Mais il contribue aussi par le type de céréales produites (maïs, sorgho, mil) à la sécurité alimentaire de la communauté.
  • L’aviculture offre les mêmes intérêts que le petit élevage mais il offre l’intérêt de produire de la fumure organique.
  • Le maraîchage va poser le problème de l’irrigation, des méthodes agricoles, du choix des graines, du stockage.
  • L’élevage va focaliser les gens sur les méthodes d’élevage, la connaissance des races plus productrices, les systèmes d’alimentation du bétail, les problèmes vétérinaires, la conservation des aliments, les méthodes d’embouche, etc.

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L’environnement communautaire va aussi être interpellé par la nécessité de mettre en place des structures professionnelles également génératrices de revenus, tels que forge, moulins, production de fumure organique, circuits d’approvisionnements et de stockage des produits consommables, entretien des pistes, entretien des circuits d’irrigation, etc.

Mais il faut provoquer le déclenchement de cette transition d’une activité individuelle vers une activité collective où les connaissances de chacun s’ajoutent les unes aux autres pour devenir un savoir collectif qui s’enrichit dans les expériences.
C’est en cela que les pépinières de développement s’avèrent utiles car elles permettent à la collectivité de s’approprier la dynamique à partir d’une préoccupation commune.

Il faut cesser d’être étranger dans son propre pays (Moussa Mara)

Je me suis permis de produire un interview de Moussa Mara, ancien premier ministre du Mali et Président du parti Yéléma sur Breizh-info.com, à l’occasion de la sortie de son livre « Jeunesse africaine, le grand défi à relever ».

La sortie de ce livre a suscité d’autres entretiens dont celui du journal Le Point.

Je me permets d’en rappeler certains points forts qui relèvent à la fois du développement du pays et du nécessaire partenariat entre jeunes et société civile dans la réussite de cet objectif.

« La Diaspora a un rôle important à jouer … pour inviter la population à aller de l’avant vers une démarche de création de richesse et de prospérité locale. »

Longtemps des pays comme le Mali ont laissé faire cette migration devant les perspectives de return financier. Effectivement, les membres de la Diaspora contribuaient à renforcer des équipements locaux, mais dans beaucoup de cas les gains acquis par les migrants aidaient la famille, à préparer le retour, la retraite venue.

Laisser faire cette migration, c’est aussi négliger les énormes efforts d’intégration que les membres de la diaspora développaient pour s’intégrer dans leur nouvel écosystème.

On ignore souvent que rien que pour l’année 2010, 7,3 % des créations d’entreprises en France ont été le fait de migrants.

Que dire aussi des étudiants boursiers, qui se trouvent confrontés au dilemme de leur avenir professionnel.

« Il faut arrêter d’envoyer de l’argent aux jeunes frères pour leur dire de venir … Il faut essayer de l’investir localement dans l’agriculture, dans l’amélioration des techniques de production, dans l’élevage, dans le petit commerce, dans les prestations de service.

Cessez de pensez que ailleurs, c’est mieux. »

L’accent est marqué sur le développement local et sur certaines de ses composantes comme l’agriculture, l’élevage, le petit commerce, etc. Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi l’accès à l’électricité, à l’eau potable, à une gestion rurale plus intégrée, à la santé, à l’éducation.

« Si nous avons la chance d’avoir des élites qui sont conscientes de cette situation et qui ouvrent des perspectives de collaboration avec les jeunes, moi je pense qu’il peut y avoir un espoir autre que de partir, pour la jeunesse africaine. »

Mais il est vrai aussi que la jeunesse jette un regard inquiet sur leurs gouvernants ainsi que sur la société politique. Même s’ils gardent en eux le désir de contribuer au développement de leur pays, ils restent méfiants et hésitent à y participer.

Ailleurs, Moussa Mara dira aussi :

« Il faut donc faire de l’entrepreneuriat une des destinations privilégiées des jeunes Africains …

Il faut réorienter notre système d’enseignement pour que les enfants africains soient plus ouverts à la création d’entreprises, à être autonomes, prendre des risques, faire des démarches dans ce sens…

Il faut aussi créer les conditions pour que ces jeunes bénéficient d’accompagnement, aussi bien localement que sur le plan national quand ils envisagent de se lancer dans l’aventure, depuis l’étape des idées et projets jusqu’à la gestion des activités, voire en cas de difficultés. »

La grande nécessité est de développer une stratégie de développement, qui rassemble tous les acteurs du terrain et qui soit mise au service de projets d’intérêt général tout en cherchant à résoudre des problématiques sociétales.

Certains pays voisins, comme le Burkina Faso, ou le Sénégal, y répondent par la mise en place de structures d’incubation dédiées aux créateurs d’entreprises.

Je pense personnellement qu’une réponse globale est plus adéquate.

Une réponse qui prenne en compte à la fois le vivier des besoins et le vivier des compétences. Une réponse qui n’oublie pas toutes les richesses du secteur informel. Il faut pouvoir le reconnaître et le sortir de son état d’isolement « juridique et administratif ».

Il faut mettre en place des incubateurs de développement qui rassembleraient des diplômés et des acteurs des collectivités locales ou régionales (communautés rurales, association de femmes, membres du secteur informel, etc.)

Ces structures particulières devraient permettre d’aménager un terrain de création collective où tous les acteurs peuvent entrer dans une logique réactive d’échange et d’action dans un grand projet collectif et multiforme où le dialogue doit être l’outil indispensable de révélation des idées

Il y a plusieurs groupes à prendre en considération.

Celui des communautés rurales et urbaines, celui du secteur informel, celui des diplômés, celui des maliens de l’extérieur, les associations de femmes et encore d’autres qui appartiennent tant à la société civile qu’à la société politique.

Le but étant de créer des synergies entre ces groupes sur des préoccupations communes.

Il faut accompagner les jeunes diplômés dans la mise en œuvre d’un projet professionnel mais en même temps les engager à appréhender les réalités du terrain.

Il faut éveiller les membres des communautés locales à adopter une approche qui leur permette de faire un diagnostic personnel de leurs besoins qui regroupe dans une même enveloppe :

  • La mise en valeur des activités de terrain génératrices de revenus et de valeur ajoutée propres à bien assurer les services nécessaires à la communauté, ainsi que
  • Des pistes propres à faire émerger des métiers que pourront notamment exercer des jeunes, qui ne trouvent plus ni leur place, ni d’avenir dans ce microcosme et vont grossir les populations des grandes villes, sans trouver réponse à leur question existentielle. Aves tous les risques que ce phénomène de fuite migratoire entraine.

Il est très important d’associer ces deux aspects. Il est crucial de pouvoir redonner un horizon de vie dans les campagnes et réinventer ainsi un autre développement.

Il faut enfin créer des ponts entre toutes ces zones d’incubation pour mieux les rapprocher et mieux les associer et surtout leur permettre de définir clairement les objectifs à atteindre pour pouvoir en suivre les étapes de progression.

Il faut donner à chaque individu les moyens de situer sa progression et d’optimiser ses compétences.

Bamako. Moussa Mara (ex Premier ministre du Mali) : « L’émigration des Africains est une perte pour l’Afrique d’abord. » [interview]

« Jeunesse Africaine, le grand défi à relever » est le titre de l’ouvrage rédigé par Moussa Mara, et édité par Mareuil Editions en ce mois de juin 2016. Président du parti Yelema, ancien Premier ministre du Mali, Moussa Mara

Source : Bamako. Moussa Mara (ex Premier ministre du Mali) : « L’émigration des Africains est une perte pour l’Afrique d’abord. » [interview]

Créer de la valeur, c’est se distinguer des autres.

Il y a une certaine confusion dans le débat qui concerne le thème du projet professionnel et qui trouble les esprits des maliens, jeunes ou moins jeunes, qui veulent participer au développement de leur pays.

Personnellement, je vois plusieurs points d’explication de cette confusion.

Il y a d’abord un modèle économique qui n’est pas synchrone avec une perception originale de l’Afrique, dont peut voir les prémisses, en particulier chez les jeunes.

Beaucoup misent sur des vieux référents qui appartiennent à un passé d’avant l’indépendance. Soumis à un type de gouvernance fortement bureaucratisé, trop attendent de l’état toutes les solutions, lui abandonnent beaucoup d’initiatives. Alors que cet État, pour asseoir sa vision politique et sociale, devrait pouvoir favoriser le potentiel humain et social, et plutôt penser en termes d’économie inclusive qui favorise le développement des territoires.

Le Mali comme beaucoup d’autres pays connaît des problèmes de migration. Mais la plus pernicieuse est l’exode rural vers les grandes villes. L’agriculture, qui participe pour 40 % dans le PIB du pays, est délaissée ainsi que toutes les activités collatérales que son développement induit. La pauvreté sociale et rurale va alimenter la source de nombreux conflits. Dans les villes, cet afflux non maîtrisé de population sans réels moyens financiers accroît l’indigence des structures urbaines.

Il y a une endémie du terrorisme qui trouve son explication dans cette non préoccupation de développement des zones rurales.

Je lisais, récemment, un petit débat entre universitaires maliens. A partir d’un exemple qui mettait en évidence le développement anarchique des dépôts d’immondices dans certains quartiers de Bamako, ainsi que les problèmes de pénuries d’eau, ils essayaient de définir la stratégie la plus efficace pour régler ces problèmes ; plus d’autorité de l’État ou plus de responsabilité des communautés locales.

Une des conclusions, « L’État et les collectivités territoriales se doivent de justifier leur existence. Les populations touchées par ces fléaux peuvent prendre le devant et s’occuper des problèmes qui les concernent. Soit, mais cela revient à dire que les populations prendront peu à peu la place des collectivités dans leurs missions. Est-ce une bonne chose, je ne saurais le dire. ».

Une autre raison concerne ce qu’on appelle le modèle économique.

Beaucoup développent des opportunités intéressantes de projets. Mais ils se reposent trop sur le bien fondé de leur idée. Ils se contentent bien souvent d’en vanter les mérites et oublient d’établir une stratégie.

Ils oublient de décrire les principes selon lesquels leur projet va pouvoir se mettre en œuvre et délivrer de la valeur tant au point de vue économique que social et environnemental.

Beaucoup négligent ou abrègent le temps de réflexion sur deux questions fondamentales :

  • Quelle offre proposer qui corresponde à un véritable besoin pour une clientèle ?
  • Comment s’organiser pour se distinguer de la concurrence en innovant soit « par l’offre proposée, l’usage qui en est fait, les moyens mis en œuvre, ou la stratégie commerciale ? »

Mais trop bien souvent, on saute de l’idée aux résultats, et les plus audacieux vont s’embarquer dans la rédaction d’un business plan qui doit nécessairement déboucher sur des prévisions financières dont la fiabilité dépendra des réponses données à ces deux questions.

Je voudrais prendre quelques exemples.

« malibaara. com »

C’est un site malien d’offre d’emploi.

Son originalité ne réside pas dans sa visualisation informatique mais dans la manière dont ces offres sont diffusées au grand public. L’équipe initiatrice, dans le cadre d’une activité principale dédiée à l’informatique, est fortement préoccupée de trouver des solutions utiles pour la société malienne. A partir du constat que l’accès à l’information est difficile, et surtout par des moyens informatiques, ils ont exploité l’idée d’utiliser le téléphone portable comme support pour permettre une diffusion par sms. Ceux qui sont intéressés, créent un compte, et une fois enregistrés, ils reçoivent par sms et par email les offres d’emploi, dès leur parution.

AJA-Mali

AJA-Mali est une ONG malienne qui travaille sur deux fronts,

  • Créer des conditions équitables d’accès à l’emploi pour les jeunes en les faisant bénéficier de formations qualifiantes
  • Appuyer la promotion de micro-entreprises en tant que structure de lutte contre le chômage.

Je dirais ici qu’il n’y a rien de vraiment bien neuf sous le soleil sahélien.

Si ce n’est que cette ONG conçoit sa mission en termes de développement local, comme un échange avec les communautés rurales.

Avec l’appui du village, elle identifie les jeunes en risque de déshérence, elle identifie également les potentialités porteuses d’emploi, et définit tout un parcours d’insertion socio-économique des jeunes dans la vie active.

Cela commence par une mise en confiance et une valorisation personnelle, ensuite un renforcement des compétences sur des créneaux porteurs d’emploi et enfin une insertion socio-économique.

Le cas d’AJA-Mali est extrêmement intéressant dans la mesure où il montre que le projet économique concerne également les associations.

La qualité de sa stratégie va dégager une valeur d’utilité reconnue par les bailleurs de fonds. Elle aura plus de facilité à assurer le financement de ses projets.

Par exemple, pour atteindre ses objectifs d’amélioration des opportunités d’insertion professionnelle des jeunes en milieu rural et urbain, l’association met en place des groupes d’activité professionnelle dans le domaine de l’artisanat ou dans les domaines agro-sylvo-pastoraux, elle identifie les créneaux d’emplois porteurs ainsi que les formations nécessaires et tout cela par la négociation avec les communautés, en impliquant les bénéficiaires dans la définition des orientations de formation, et bien d’autres choses encore que vous pourrez trouver dans le document Plan Stratégique sur leur site.

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