Le burn-out du développement.

Cela fait longtemps que le concept de « coopération au développement » me laisse un arrière-goût amer. Laurent Bigot, ancien sous-directeur chargé de l’Afrique  de l’Ouest au Quai d’Orsay, remercié pour son ignorance systématique de la langue de bois, met récemment les pendules à l’heure dans un article du Monde.

«Le concept de développement, c’est l’ambition de transformer les Africains en Occidentaux.»

Je me dois d’avouer que je ne suis pas toujours en phase avec son impertinence.

Mais je reconnais que sa vision qui inscrit la coopération au développement dans un rapport de force ou du moins dans une relation asymétrique n’est pas loin d’une certaine réalité.

Par contre la relation qu’il établit entre le développement et l’accompagnement est d’une justesse rare.

« Une aide efficace au développement est une aide qui prend fin. Un ami ivoirien me disait que « l’aide au développement est comme l’allaitement : un jour ça doit s’arrêter, sinon c’est malsain ». Le coach part du postulat que la personne coachée possède toutes les ressources pour élaborer un projet de vie épanouissant, qu’il s’agisse de ses propres ressources ou de celles de son environnement. »

Laurent Bigot

L’Afrique a toujours été un continent doté d’un fort potentiel mais dont la force a longtemps été déprimée par la volonté des Occidentaux à vouloir atténuer tous les déficits d’infrastructure s’ils ne répondaient pas au modèle en usage.

Ces besoins en infrastructure croissent à mesure que les économies africaines murissent et que l’intégration régionale avance.

Il est nécessaire de les satisfaire et, pour cela, de donner au continent, et à tous ses acteurs, le pouvoir de se réinventer.

Felwine Sarr : « Les Africains ont une responsabilité historique »

Les jeunes étudiants maliens que nous côtoyons ont compris qu’ils avaient un rôle à jouer dans cette renaissance. Ils ont compris, malgré un taux de chômage et une expansion démographique importante, qu’il fallait apporter une nouvelle dynamique à l’existant, trouver les moyens d’introduire de la valeur ajoutée là où il y a des carences constatées.

Et surtout respecter les stratégies de l’économie inclusive qui permet de créer des opportunités pour tous les segments de la population. Une croissance qui distribue les dividendes de la prospérité, tant en termes monétaires que non monétaires, équitablement à travers l’ensemble de la société.

« Sur le plan économique, depuis l’an 2000, la croissance africaine est une réalité dans un environnement mondial qui croît plus lentement. Cette croissance ne veut pas dire grand-chose si elle n’est pas inclusive et n’améliore pas la vie des populations. »

Felwine Sarr

Cela implique aussi de redéfinir la notion de développement comme une relation de partenariat qui propose un jeu gagnant-gagnant et qui met en oeuvre une logique multi-factorielle où participation, échange et réciprocité sont les composantes d’action.

Un rapport de partenariat peut souvent cacher une relation dominant-dominé, dans la mesure où il est fait appel à la connaissance de l’un pour traiter le problème de l’autre.

« Le coach ne donne aucun conseil et prend encore moins de décision à la place de la personne accompagnée, car celle-ci est la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour elle – mais elle ne le sait pas toujours. Les conseils l’empêchent d’être autonome et entretiennent la dépendance au coach. Un coaching réussi est un coaching qui prend fin avec un projet de vie mis en œuvre. »

Laurent Bigot

Il faut comprendre que tout projet de développement nait d’une longue gestation et d’une confrontation entre la connaissance de soi, les motivations développées par un groupe d’individus, leur expertise et la validation des idées par les acteurs de l’écosystème.

Le partenariat n’a donc pas vocation d’apporter une expertise mais bien d’aider les acteurs du développement à construire leur projet à partir d’une connaissance de soi, de leur vision de la société et de la partager avec toutes les parties prenantes.

C’est donc avant tout plus un travail de facilitation que d’accompagnement. Travail qui va permettre à celui qui veut s’engager, de s’essayer, de développer son expérience, d’éprouver sa vision du projet.

Les voies privilégiées dans cette partie sont la connaissance de soi et la construction d’un modèle économique.

« Le projet de vie de la personne coachée ne peut être formulé qu’après un patient travail d’écoute, sans jugement et avec une acceptation inconditionnelle de l’autre (et moyennant un travail de reformulation, de questionnement et de confrontation). »

Laurent Bigot

Il ne s’agit pas d’essayer de répondre formellement à ceux qui aspirent définir un projet professionnel, mais de donner une cohérence et une réalité à ce qu’ils espèrent entreprendre.

Cela veut dire :

Offrir un cadre de réflexion, pour les conforter dans la mise en œuvre de leur entreprise ou leur permet d’en réaliser les limites.

Donner l’opportunité de reconnaître l’incongruité du projet, d’éveiller les doutes et permettre de s’orienter, le cas échéant, vers d’autres carrières professionnelles.

Contribuer à donner tous les atouts à ceux qui veulent se lancer dans cette aventure et à éviter la mort brutale de projets par manque de maturité des candidats promoteurs.

« Aider ce n’est pas façonner l’autre à son image, c’est lui permettre d’être lui-même, d’être le maître d’œuvre de son projet de vie. C’est ce qu’a rappelé le président ghanéen Nana Akufo-Addo en novembre 2017 à Emmanuel Macron : l’aide occidentale n’a pas marché et ne marchera pas, les Africains ont tout ce qu’il faut pour tracer leur propre voie. »

Laurent Bigot

Alors, le concept de développement aura pour ambition de transformer les Africains en Africains.