Créer de la valeur, c’est se distinguer des autres.

Il y a une certaine confusion dans le débat qui concerne le thème du projet professionnel et qui trouble les esprits des maliens, jeunes ou moins jeunes, qui veulent participer au développement de leur pays.

Personnellement, je vois plusieurs points d’explication de cette confusion.

Il y a d’abord un modèle économique qui n’est pas synchrone avec une perception originale de l’Afrique, dont peut voir les prémisses, en particulier chez les jeunes.

Beaucoup misent sur des vieux référents qui appartiennent à un passé d’avant l’indépendance. Soumis à un type de gouvernance fortement bureaucratisé, trop attendent de l’état toutes les solutions, lui abandonnent beaucoup d’initiatives. Alors que cet État, pour asseoir sa vision politique et sociale, devrait pouvoir favoriser le potentiel humain et social, et plutôt penser en termes d’économie inclusive qui favorise le développement des territoires.

Le Mali comme beaucoup d’autres pays connaît des problèmes de migration. Mais la plus pernicieuse est l’exode rural vers les grandes villes. L’agriculture, qui participe pour 40 % dans le PIB du pays, est délaissée ainsi que toutes les activités collatérales que son développement induit. La pauvreté sociale et rurale va alimenter la source de nombreux conflits. Dans les villes, cet afflux non maîtrisé de population sans réels moyens financiers accroît l’indigence des structures urbaines.

Il y a une endémie du terrorisme qui trouve son explication dans cette non préoccupation de développement des zones rurales.

Je lisais, récemment, un petit débat entre universitaires maliens. A partir d’un exemple qui mettait en évidence le développement anarchique des dépôts d’immondices dans certains quartiers de Bamako, ainsi que les problèmes de pénuries d’eau, ils essayaient de définir la stratégie la plus efficace pour régler ces problèmes ; plus d’autorité de l’État ou plus de responsabilité des communautés locales.

Une des conclusions, « L’État et les collectivités territoriales se doivent de justifier leur existence. Les populations touchées par ces fléaux peuvent prendre le devant et s’occuper des problèmes qui les concernent. Soit, mais cela revient à dire que les populations prendront peu à peu la place des collectivités dans leurs missions. Est-ce une bonne chose, je ne saurais le dire. ».

Une autre raison concerne ce qu’on appelle le modèle économique.

Beaucoup développent des opportunités intéressantes de projets. Mais ils se reposent trop sur le bien fondé de leur idée. Ils se contentent bien souvent d’en vanter les mérites et oublient d’établir une stratégie.

Ils oublient de décrire les principes selon lesquels leur projet va pouvoir se mettre en œuvre et délivrer de la valeur tant au point de vue économique que social et environnemental.

Beaucoup négligent ou abrègent le temps de réflexion sur deux questions fondamentales :

  • Quelle offre proposer qui corresponde à un véritable besoin pour une clientèle ?
  • Comment s’organiser pour se distinguer de la concurrence en innovant soit « par l’offre proposée, l’usage qui en est fait, les moyens mis en œuvre, ou la stratégie commerciale ? »

Mais trop bien souvent, on saute de l’idée aux résultats, et les plus audacieux vont s’embarquer dans la rédaction d’un business plan qui doit nécessairement déboucher sur des prévisions financières dont la fiabilité dépendra des réponses données à ces deux questions.

Je voudrais prendre quelques exemples.

« malibaara. com »

C’est un site malien d’offre d’emploi.

Son originalité ne réside pas dans sa visualisation informatique mais dans la manière dont ces offres sont diffusées au grand public. L’équipe initiatrice, dans le cadre d’une activité principale dédiée à l’informatique, est fortement préoccupée de trouver des solutions utiles pour la société malienne. A partir du constat que l’accès à l’information est difficile, et surtout par des moyens informatiques, ils ont exploité l’idée d’utiliser le téléphone portable comme support pour permettre une diffusion par sms. Ceux qui sont intéressés, créent un compte, et une fois enregistrés, ils reçoivent par sms et par email les offres d’emploi, dès leur parution.

AJA-Mali

AJA-Mali est une ONG malienne qui travaille sur deux fronts,

  • Créer des conditions équitables d’accès à l’emploi pour les jeunes en les faisant bénéficier de formations qualifiantes
  • Appuyer la promotion de micro-entreprises en tant que structure de lutte contre le chômage.

Je dirais ici qu’il n’y a rien de vraiment bien neuf sous le soleil sahélien.

Si ce n’est que cette ONG conçoit sa mission en termes de développement local, comme un échange avec les communautés rurales.

Avec l’appui du village, elle identifie les jeunes en risque de déshérence, elle identifie également les potentialités porteuses d’emploi, et définit tout un parcours d’insertion socio-économique des jeunes dans la vie active.

Cela commence par une mise en confiance et une valorisation personnelle, ensuite un renforcement des compétences sur des créneaux porteurs d’emploi et enfin une insertion socio-économique.

Le cas d’AJA-Mali est extrêmement intéressant dans la mesure où il montre que le projet économique concerne également les associations.

La qualité de sa stratégie va dégager une valeur d’utilité reconnue par les bailleurs de fonds. Elle aura plus de facilité à assurer le financement de ses projets.

Par exemple, pour atteindre ses objectifs d’amélioration des opportunités d’insertion professionnelle des jeunes en milieu rural et urbain, l’association met en place des groupes d’activité professionnelle dans le domaine de l’artisanat ou dans les domaines agro-sylvo-pastoraux, elle identifie les créneaux d’emplois porteurs ainsi que les formations nécessaires et tout cela par la négociation avec les communautés, en impliquant les bénéficiaires dans la définition des orientations de formation, et bien d’autres choses encore que vous pourrez trouver dans le document Plan Stratégique sur leur site.