Alphabétiser le chercheur d’emploi

Dans mon dernier billet, j’ai largement évoqué le problème de l’emploi des jeunes.

Dans beaucoup de cas, le concept de diplôme induit beaucoup de cécités comme l’illustre cet extrait d’une vidéo intitulée « Autoportrait du Mali : les obstacles à la paix » (mars 2015), film du résultat de la recherche de l’Institut Malien de Recherche Action pour la Paix (IMRAP) sur les obstacles à la paix au Mali.

Il pose bien quelques faits de société.

Il faut être « bien né » pour trouver un emploi.

« Il est difficile qu’un fils de pauvre s’en sorte dans ce pays. »

« On nous a dit d’étudier pour qu’on ait un avenir meilleur. »

« Nos enfants sont diplômés mais n’ont pas d’emploi. »

Il n’y a point de salut en dehors de la bureaucratie.

« Ici à Dioila, il y a des jeunes diplômés qui viennent de finir leurs études. Ils n’ont pas eu de travail à Bamako et ils sont venus ici. Mais si tu viens ici, tu sais pertinemment que pour avoir un emploi bureaucratique, la voie la plus simple serait un stage, mais ce n’est pas rémunéré. Il faudra passer par le concours de la fonction publique ou être embauché par un projet, c’est un exemple. »

Etre diplômé, ce n’est pas faire n’importe quoi.

« Mais entretemps si tu remarques à Dioila aujourd’hui, la ville est en chantier. Il y a des constructions en cours, et beaucoup d’autres choses. Si tu leurs demandes de travailler comme manoeuvre, ils refusent. Alors que la rémunération journalière minimale est de 1 500 FCFA. Calculez donc 1 500 par jour pendant un mois, cela fait une fortune ! Mais ils se disent être au-dessus de cela et estiment ne pas avoir étudié pour être manoeuvre. »

La formation n’est pas adaptée au marché de l’emploi.

« Au Mali, la formation ne protège pas contre le chômage. »

« On forme pour former mais on ne forme pas pour répondre aux besoins réels du marché du travail »

La fixation sur le diplôme laisse croire qu’un papier officiel est la seule clé pour accéder à un emploi. Mais encore faut-il comprendre ce que recouvre le concept d’études.

Simon Leys dit à peu-près que

« l’enseignement supérieur est un lieu où une chance est donnée à des hommes et des femmes de découvrir ce qui ils sont vraiment. Ce n’est pas une usine à fabriquer des diplômés sans réflexion et sans vision sur l’avenir » (in « Studio de l’Inutilité » – Flammarion 2012).

Le marché de l’emploi demande des compétences, et tant mieux si elles sont soulignées par un titre quelconque. Mais en plus :

Il demande un savoir être de rigueur, comme le respect des délais, la nécessité de respecter les coûts et d’assurer une qualité des services.

Il demande une autre manière de vivre l’endettement, de trouver et pouvoir gérer les ressources humaines.

En même temps, je découvrais deux initiatives menées l’une au Sénégal, l’autre au Mali.

Une ONG, AJA Mali, dirigée par Souleymane Sarr.

Elle travaille sur deux fronts,

  • Créer des conditions équitables d’accès à l’emploi pour les jeunes en les faisant bénéficier de formations qualifiantes
  • Appuyer la promotion de micro-entreprises en tant que structure de lutte contre le chômage.

Je dirais ici qu’il n’y a rien de vraiment bien neuf sous le soleil sahélien.

Si ce n’est que cette ONG conçoit sa mission en termes de développement local, comme un échange avec les communautés rurales.

Avec l’appui du village, elle identifie les jeunes en risque de déshérence, elle identifie également les potentialités porteuses d’emploi, et définit tout un parcours d’insertion socio-économique des jeunes dans la vie active.

parcoursinsertionAJA

AJA-Mali

 

Cela commence par une mise en confiance et une valorisation personnelle, ensuite un renforcement des compétences sur des créneaux porteurs d’emploi et enfin une insertion socio-économique.

L’autre initiative nous vient du Sénégal.

Il s’agit d’un cabinet « Coaching 4 Dev » (Coaching pour le Développement),créé en 2014 à Dakar par Françoise Daxhelet.

A partir d’un constat clair, exprimé par les entreprises :

« L’Etat ne soutient pas suffisamment le secteur privé. »

« Le système éducatif n’est pas à l’écoute de nos besoins en formation. »

« Les jeunes employés recrutés présentent de nombreuses faiblesses… La principale raison est qu’ils sont encore jeunes et ignorent les enjeux et les qualités essentielles recherchées par les entreprises. »

Il propose aux jeunes de prendre en main leur insertion et leur maturité professionnelles.

Deux initiatives qui posent et résolvent le problème de l’illettrisme du chercheur d’emploi, chacun à leur façon et donnent des solutions pleines de bon sens et de pregmatisme.