Des pépites dans les yeux

J’aimerais reformuler ce que je viens d’écrire dans mes billets précédents.

En règle générale, l’aide à la recherche d’emploi est basée sur des ateliers de formation et d’accompagnement sur l’optimisation de la préparation personnelle de cette quête.

Selon moi, il y a aussi une réflexion préalable qui doit être faite sur l’évolution de l’image de l’emploi dans les générations actuelles.  Cette image me paraît d’ailleurs fortement corrélée avec l’évolution de la situation socio-économique.

Ce qui me frappe, c’est le constat d’absence de vocation qu’on peut rencontrer dans une large partie de la population en recherche d’emploi, et particulièrement chez les jeunes demandeurs d’emploi.

En fait, beaucoup de jeunes et de moins jeunes se sentent presque condamnés par leur position dans une catégorie sociale et se résignent dans une fatalité motivée par des nombreuses raisons et excuses plus ou moins réelles.

Il est vrai que nous avons perdu beaucoup de modèles en une trentaine d’années et la vie familiale souvent chaotique que nous menons n’est pas favorable à la transmission de références.

Les jeunes gens sont souvent laissés à eux-mêmes et entrent dans un monde sans repères sociaux valorisants.

Il faut aider ces personnes à retrouver leur personnalité et leur intelligence, ensemble de concepts compris comme le résultat d’une adaptation permanente aux situations rencontrées sur un chemin de vie.

Il faut aider les personnes à retrouver la lumière qu’ils ont en eux.

Enseigner la bonne manière d’utiliser les outils de recherche d’emploi est une bonne chose mais les utiliser sans savoir réellement ce qui est bon pour soi peut avoir des effets collatéraux nuisibles à la valeur travail au sens noble du terme.

Il me semble donc important, dans ce panel de ressources offertes aux demandeurs d’emploi,  de donner une place importante à cette recherche de soi.

Le travail n’est important que s’il représente une expression de ses richesses personnelles. Aider les personnes en quête d’emploi ou en situation de réinsertion, c’est aussi leur faire découvrir leur mode d’expression. L’intelligence se trouve aussi dans le moteur d’expression qu’aura choisi une personne pour communiquer à l’extérieur tout son potentiel. Pour celui-là, ce sera la danse, pour cet autre le chant, pour celui-ci la mécanique. S’il y en a qui l’ont trouvé, d’autres peinent à en connaître l’existence.

Dans une autre vie, j’ai participé à des missions de conduite du changement. Amener des ouvriers passer d’une activité purement manuelle, sans grande nécessité de qualification, à une activité de conduite de machine robotisée avec tout un processus cognitif et un environnement en divergence totale avec une situation antérieure, est très révélateur.

J’ai également travaillé en Guinée avec ce qu’on appelle les déflatés de la fonction publique. Les plans d’ajustement structurels mis en place en Afrique dans 80 à 90, par la Banque Mondiale et le FMI, mettaient l’accent sur la décompression de la fonction publique au profit d’une économie libérale. Cela a laissé sur le carreau de nombreux fonctionnaires sans emploi qui se regroupèrent sous ce terme.

Dans le cadre de la mission, un volet avait été consacré à une formation à la création d’entreprise destinée à un groupe de chômeurs volontaires.

Le but poursuivi était de faire exprimer au groupe de déflatés leurs désirs, de les aider à cerner leurs choix par des analyses personnelles et de les orienter petit à petit à découvrir eux-mêmes les solutions.

De cette manière,  ces déflatés ont pu présenter un dossier bancable et s’engager dans leur projet.

Je ne connais malheureusement pas la suite de l’histoire. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus dans le temps.

Aidons donc les gens en situation professionnelle précaire à retrouver les pépites qu’ils ont dans les yeux.