« L’accent doit être mis sur les compétences et non sur les emplois » Satya Nadella – PDG de Microsoft

Me voilà de nouveau à Bamako.

Dans un pays qui continue d’affronter des problèmes toujours renouvelés, jamais résolus et de naviguer sur une mer désenchantée d’incertitudes.

Il reste le courage. Il reste la tradition. Il reste la chaleur familiale. Il reste surtout cet amour profond du pays qui fait battre énergiquement le coeur de chaque malien.

Il reste aussi des témoins qui portent les fondamentaux de ce pays dans leurs efforts et dans leurs réalisations.

Tel ce fermier que nous avons rencontré sur la route de Koulikoro.

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Il a consacré sa retraite à la mise en valeur de son « champ ». Il cultive des mandarines. Il fait de l’élevage de vaches laitières. Ce qui lui permet de produire 500 litres de lait par jour. Il a du vaincre bien de vicissitudes pour en arriver là. Il devra encore en vaincre bien d’autres. Mais il fait travailler directement une vingtaine de personnes.

Il représente à lui seul un mini-pôle économique qui fait vivre le proche environnement rural.

Tel aussi ce créateur d’entreprise qui a mis l’offre d’emploi à la portée de tout le monde par sms.

Telles ces associations féminines

qui utilisent la formation comme outil d’harmonisation du quotidien homme-femme.

« Ce qui est important, c’est de faire accéder les femmes à l’autonomie financière et la responsabilité citoyenne, dans une relation plus équitable avec les hommes au moyen d’une formation globale, qui visera autant le développement personnel que la performance technique ou économique. »

Telles aussi ces différentes organisations gouvernementales et non gouvernementales qui font de l’emploi leur seule préoccupation, et surtout celui des jeunes.

Quand on évoque les mouvements migratoires, on oublie  souvent celui qui pousse les jeunes des campagnes vers les villes. Ces derniers, s’ils ont de la chance, se retrouveront dans le secteur informel, aussi non, ils iront grossir le flot des « banas-banas », gamins des rues, vendeurs de cartes téléphoniques, mendiants, ou pire.

« Ces jeunes qui ont perdu leur avenir deviennent les héros d’une triste histoire, pleine de bruit et de fureur. Ils sont une proie facile pour ceux qui cherchent à alimenter l’agitation sociale pour asseoir leur pouvoir. »

Cette jeunesse peut-être à la fois un énorme réservoir de croissance ou un énorme facteur de risque pénalisant le devenir économique.

Il y a réellement un problème de l’emploi au Mali. Ou plutôt une carence énorme dans la vision de ce qu’est la compétence et la valorisation personnelle.

Promouvoir l’emploi, ce n’est pas seulement créer des diplômes. Ce n’est pas s’enferrer dans des paradigmes académiques ou bureaucratiques. Ce n’est pas non plus se cacher derrière des stratégies de création d’entreprise. L’entrepreneuriat est une voie difficile qui n’est pas donnée à tout le monde.

Avant toute chose, il faut essayer de résoudre ce que j’appellerais « l’illettrisme » du demandeur d’emploi.

Cette incapacité à se projeter dans un projet professionnel, à comprendre que la recherche d’un emploi tout comme l’aventure entrepreneuriale, s’inscrit dans une logique de projet.

C’est une quête. Le postulant doit comprendre que si ses aptitudes de base comptent, ce qui compte surtout, c’est sa capacité de lire les besoins et les intérêts de l’entreprise à laquelle il veut postuler. C’est aussi comprendre que ses aptitudes ne se limitent pas aux intitulés d’un diplôme, mais s’inscrivent dans un savoir être et dans un savoir faire.

Présenter sa candidature, c’est pouvoir montrer qu’il existe une cohérence entre ses aptitudes et les intérêts de l’entreprise.

Actuellement le Mali, et d’autres pays, ont à leur disposition des projets comme le PROCEJ (soutenu par la Banque Mondiale), dont l’un des objectifs est de faciliter l’accès des jeunes Maliens de 15 à 35 ans à un emploi (temporaire ou durable) afin de réduire l’extrême pauvreté ou le projet FIER (soutenu par le FIDA), dont l’objectif de développement est de promouvoir l’accès des jeunes ruraux, femmes et hommes, à des opportunités d’insertion et d’emplois attractifs et rentables dans l’agriculture  et les activités économiques connexes.

Il y a aussi l’action de l’ONG Association Jeunesse Action Mali (AJA-Mali), qui depuis sa création en 1993, répond aux conséquences de la migration des jeunes ruraux vers la ville, et s’engage dans une lutte pour un « Mali sans chômeur ».

Il faut aussi saluer les efforts d’institutions comme l’ANPE, l’APEJ, le FAFPA.

Vaincre l’illettrisme du chercheur d’emploi, passe par une dynamique d’accompagnement.

accompagnement

Un dialogue permanent où l’écoute mutuelle est essentielle, pour définir en commun les actions à mener en fonction du parcours, des expériences, des ressources et des objectifs poursuivis par le postulant.

On est loin de l’enseignement académique. C’est un enseignement personnalisé qui prend aussi sa force dans une stratégie de maillage et de multiplication.

Accompagner, c’est aussi former d’autres accompagnateurs.

C’est une pédagogie d’action.

Il est nécessaire d’aider les personnes qui s’engagent dans le changement à prendre conscience de leurs besoins et de leurs limites. C’est l’acquisition de compétences nouvelles qui vont aider les personnes à prendre appui sur les traditions et sur leur vécu pour ouvrir la porte sur des nouvelles pistes.

C’est aussi une pédagogie de partage.

Elle implique une transmission des rôles. Elle doit créer des relais qui vont assurer eux-mêmes l’accompagnement. Car l’essentiel ce n’est pas de faire savoir mais de faire découvrir.

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