Développer, c’est désenclaver la précarité.

L’abandon serait-il une des clés de cet déshumanisation fusionnelle de certains jeunes vers un radicalisme hyper dur ?
Nous vivons dans un modèle de développement asymétrique. Il favorise ceux qui font fonctionner le système. Par contre, il multiplie les épreuves et allonge les temps d’attente pour ceux qui souffrent de discrimination sans pouvoir accéder à l’ascenseur social de l’intégration.
Les jeunes sont en quête de héros. Et même les moins jeunes. Mais il n’y a plus personne pour attirer les foules à l’exception des extrêmes pures et dures.
Tous les mouvements politiques classiques ne font plus recette et cèdent la place à une droite radicale qui propose un projet sécuritaire, un repli sur soi, un déni du changement et de l’évolution ou part en guerre contre toutes les ouvertures à vocation sociale.
Les différentes crises que nous traversons sont aussi le résultat d’une carence intellectuelle et affective en matière de devoir de développement.
Dans un article paru dans le Monde Afrique du 08.07.2015, intitulé « Pourquoi aider les régions menacées par Boko Haram ? », l’auteur, Olivier Ray, responsable de l’Unité Prévention des crises à l’Agence Française de développement faisait entre autre remarquer :

L’inactivité économique de jeunes qui peinent à trouver une place dans des sociétés patriarcales offre à la secte un vivier de recrutement qui s’étend bien au-delà du fief du mouvement, au Nord-Est du Nigeria. En confiant une kalachnikov et une moto à certaines de ses recrues, Boko Haram leur donne une source de revenus, un statut social, un sentiment d’appartenance.
Les agences de développement financent des projets de travaux à haute intensité de main-d’œuvre. Les chantiers de construction de routes, de barrages ou d’écoles permettent d’employer des milliers de jeunes, fournissant activités et revenus alternatifs à l’offre des groupes armés.
L’absence de services publics sur des pans entiers du territoire contribue à la perte de légitimité de l’Etat aux yeux des citoyens. Elle ouvre la voie aux tenants de son remplacement par un califat mythifié, régi par une charia idéalisée. L’aide au développement, en accompagnant le retour de services de santé dans les villages reculés, montre le visage d’un Etat au service de ses citoyens.

Il reste pour moi incontestable que la mise en place d’une politique cohérente de développement reste la meilleure stratégie pour lutter contre tous les radicalismes et les extrémismes pervers. Mais il ne faut pas être angélique car « si la grande pauvreté ne cause pas le radicalisme, elle le favorise indéniablement ».
La problématique du développement doit avoir pour objet de désenclaver le sentiment d’abandon qui peut conduire à des situations extrêmes. et c’est vrai pour toutes les zones où la pauvreté est la seule richesse exploitable (banlieues, campagnes, régions à forte précarité sociale, économique, rurale, climatique, nutritionnelle).
A ces gens, il faut pouvoir proposer un modèle où une valeur ajoutée sociale, humaine, professionnelle leur permette de réussir un défi d’existence et non pas un modèle d’autorité qui débouche sur toutes les formes d’asservissement.
Et le champ de bataille est infiniment vaste et notre mission est

de lutter pour celles et ceux auxquels un avenir meilleur a été refusé
Robert Castel