Un projet professionnel est le fruit d’un long questionnement

Quand on évoque les phénomènes migratoires et en particulier celui des migrants économiques, il faut abandonner l’idée que seuls les plus démunis sont candidats à l’exil.

Bien au contraire, il faut avoir un certain nombre de qualités intellectuelles et personnelles pour pouvoir aborder ce chemin difficile.

On peut le déplorer parce que cela crée vide de compétence dans leur pays d’origine. Mais cette expertise n’est pas nécessairement perdue. Les transferts financiers de la diaspora vers leur pays d’origine contribuent fortement à la richesse nationale. Par exemple, un malien envoie en moyenne 1/3 de son salaire au pays.

Il n’empêche que des pays, comme le Mali, le Sénégal et bien d’autres, prennent des risques à « laisser faire » cette migration. Effectivement, s’il y a un return, c’est aussi ignorer que les efforts d’insertion de ces migrants dans leur nouveau système économique et social vont renforcer leurs capacités d’adaptation ainsi que leur esprit d’initiative.

Un petit exemple, pour l’année 2010, en France, 25 000 entreprises ont été créées par des migrants (soit 7 % de l’ensemble des créations).

L’émigré n’est pas nécessairement quelqu’un qui vient en France pour une période donnée puis s’en retourne dans son pays. Les efforts d’intégration, qu’ils ont du développer, les entraînent souvent à rester dans leur pays d’accueil. Ou même trouver un autre pays d’accueil.

Les pays qui pratiquent une politique de « laisser faire » vis-à-vis de la migration encourent donc une double peine.

Ils favorisent la fuite des compétences au profit d’un return financier, mais en plus ils se privent de leur retour, donc de l’espoir d’insérer ces expertises dans leur stratégie de développement.

Il faut donc bien comprendre que le retour au pays ne répond pas nécessairement à un ordre naturel. Et l’univers des interrogations est vaste.

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Pour certains la question se pose, sans qu’elle devienne une nécessité. Il faut rompre brutalement un chemin de vie, il faut avoir des impératifs absolus. Il n’est nullement nécessaire d’intercéder dans leur vie privée ni dans leurs projets personnels. Il y a un devoir de discrétion à observer que seule une demande personnelle peut briser.

Ceci pour dire que ce retour doit être négocié et accompagné. Que cette aide ne doit pas être comprise comme une nécessité imposée dans l’urgence.

C’est d’abord et surtout une offre de dialogue avec ceux qui pensent à ce retour et qui veulent faire le point. C’est leur permettre de prendre une décision temporaire et leur offrir la possibilité d’éprouver la maturité de leur dessein au travers d’un accompagnement et d’une assistance.

D’une certaine manière, ils doivent pouvoir assumer de rester ou de partir.

Et c’est encore plus ambigu pour les étudiants qui partent accomplir à l’étranger leurs études. Quelle que soit d’ailleurs la voie choisie.

Certains le font de leur propre gré, d’autres entrent par une filière exigeante. Un niveau supérieur au Bac et un concours de sélection sévère. Au bout des épreuves, peu sont retenus pour devenir boursiers et entamer des études supérieures en France.

Mais quel que soit le moyen d’accès, volontaire ou dirigée, le retour au pays reste un problème et beaucoup tardent à revenir. Ils se sentent pris au piège d’une surqualification peu compatible avec l’écosystème national.

Un marché de l’emploi opaque, des infrastructures capricieuses, un climat politique hasardeux, une structure sociale relativement cloisonnée, éléments qui vont peser dans la balance, pas toujours au profit du retour au pays.

L’environnement académique n’apprend pas le risque, il enseigne un certain conformisme dans le cadre relativement dépendant de maître à élève.

L’université ne doit pas être une usine à fabriquer des diplômes. Un diplôme n’est pas une fin en soi. L’obtenir, c’est démontrer une infime partie de ses capacités.

Il y a aussi la tentation de la création d’entreprise. Aventure pour ceux qui ne possèdent pas la fibre entrepreneuriale, tentation irrésistible pour d’autres qui sentent germer en eux le besoin de développer leurs idées novatrices. Cela reste malgré tout une aventure d’autant plus exigeante qu’elle est plus solitaire qu’ailleurs.

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