La vache à mille francs (1961)

Plusieurs choses m’interpellent dans l’affrontement qui oppose actuellement le monde agricole au reste du monde, en particulier celui de la grande distribution.

Combat sans fin, comme en témoigne ce pastiche de Jean Poiret sur une une chanson de Jacques Brel, « La valse à mille temps », « La vache à mille francs« .

Les consommateurs semblent être les grands oubliés dans cette lutte.

Surtout ceux qui défendent leur pouvoir d’achat pour pouvoir embrasser avec leur porte monnaie toute les gourmandises de la vie moderne.

Ils ont une responsabilité assez conséquente dans ce qui secoue le monde agricole.

Car ils sont les acteurs intransigeants et égocentriques du modèle économique low-cost actuel qui donne l’impression de dépenser moins tout en consommant plus. Alors qu’il ne fait que répartir autrement les bénéfices dans la chaîne de distribution.

Près de 90 % des français approuvent les mouvements d’exaspération et de colère mal contrôlée des éleveurs, mais oublient que leurs revendications pour un juste prix vont nécessairement se répercuter sur les prix au détail.

Les éleveurs m’interpellent également, surtout les jeunes, par leur naïveté managériale.

Tout en réclamant un prix qui prend en considération leur travail, ils omettent d’avouer qu’ils ont pris comme modèle un mode de production aux antipodes de leurs valeurs et de leurs moyens.

L’agriculture intensive se traduit par une consommation effrénée d’intrants chimiques, par une mécanisation intempestive, par une recherche de crédits bancaires, bref par tout un ensemble de coûts qui assassinent l’exploitant lambda, préoccupé par la préservation de son patrimoine.

« L’essentiel reste de produire mieux et de meilleure qualité ». Il y a d’autres méthodes d’exploitation plus respectueuses du produit et du travail fourni, comme le montre ces deux articles, dont l’un a paru dans l’OBS de cette semaine. Le bonheur n’est pas seulement dans le « Bio ».

Si la « Ferme des mille vaches » permet de satisfaire le consommateur « ubérisé », car elle est la seule alternative à sa fringale de low-cost, ce modèle n’en reste pas moins critique et cynique. Tout autant que l’asservissement des salariés du textile au Bangladesh, par exemple.

Dernière remarque. Notre écosystème a-t-il suffisamment de maturité pour prôner des modèles vertueux de développement ?