Les projets de développement

Quand on sillonne l’Afrique et particulièrement les zones rurales, on s’interroge sur le concept de projet et sur leur pérennité.

Des choses ont été réalisées, avec des moyens et des ressources parfois considérables, sans qu’on sache vraiment quelque chose sur leur continuité. On a parfois l’impression de se trouver devant une sorte de désertion matérielle. Le projet est arrivé au terme de son cahier des charges, ceux qui ont mené le projet sont partis, en même temps le projet se met à péricliter, par manque d’une programmation de continuité volontaire.

Les études de conception se sont souvent focalisées sur la réalisation de la partie visible sans se soucier vraiment de mettre en place les éléments qui pouvaient en assurer la dynamique et l’évolution. Alors que la partie la plus visible et la plus intéressante reste la continuité et le maintien dans le temps de son utilité.

On parle un langage de faisabilité technique où le propos est de mesurer les futurs possibles du projet, ses impacts sur le développement économique, sur ses rapports avec les investissements proposés. On déroule un questionnement où l’objectif vise à examiner si ce qu’on pense mettre en œuvre a un sens économique, avec comme hypothèse de travail que des structures vont être mises en place pour assurer la vie du projet dans le temps.

Certes, ce raisonnement reste vrai, pour des grandes infrastructures, telles que des projets d’aménagement hydro-électrique,  d’assainissement et de gestion des déchets, d’approvisionnement en eau potable, de réhabilitation d’infrastructures routières, etc. Il serait absurde d’en nier l’utilité.

Je pense néanmoins que des questions doivent être au préalable posées pour éviter une dichotomie dangereuse entre ce qui est évident pour le promoteur et ce qui l’est pour tous les bénéficiaires éventuels.

Il faut faire la part entre l’utopie et la réalité :

  • Quelles sont les préoccupations de la communauté ou de la population en matière de futur développemental  et quel en est son niveau de perception réel ?
  • Comment faire préciser les besoins nécessaires par les bénéficiaires potentiels et définir une option concrète qui parle aux communautés intéressées et les engage  comme acteurs dans un processus dynamique de prise en charge personnelle et sociale ?
  • Que faut-il mettre en place comme moyens pour que le projet soit pris en charge par la population en dehors de toute ingérence extérieure qui ne soit pas sollicitée par des nouvelles exigences de développement ?

La vraie question qui doit guider toute la réflexion stratégique est la suivante :

« Ce projet est-il perçu comme essentiel et opportun par ses bénéficiaires et sa mise en phase adulte pourra-t-elle être assurée de manière complètement autonome ? »

Développer un projet, ce n’est pas en développer toutes les conditions pour en assurer la mort dès sa mise en activité.

C’est particulièrement vrai en zone rurale qui représente une part importante des forces vives d’un pays émergent ou non.

Ces projets poursuivent le seul et unique objectif de donner à chacun les moyens de son propre développement, d’encourager la pérennité des réalisations.

Je ne le répéterai jamais assez, il faut encourager et non décourager, veiller à ce que les porteurs de projets restent concrets, mettre en place avec les gens concernés les outils de suivi et veiller aussi à la dynamique du mouvement.

C’est une logique que des ONG importantes développent, et j’en ai vu la réalisation au Burkina Faso notamment.

Il faut aussi bien se dire que nous ne tombons pas dans un désert socio-économique. Les populations rurales se battent pour leur devenir ou plutôt se battent pour reproduire ce qui marche. Mais le temps ne leur est pas laissé pour expérimenter d’autres voies.

C’est une façon d’être solidaire. Partager sans imposer. Confronter ses propres expériences et son propre vécu avec d’autres vécus. Faire émerger des solutions, modestes peut-être, mais riches en devenir parce qu’elles sont le fruit d’une réflexion commune.