Le retour au pays

Je suis actuellement à Bamako.

Comme je participe, avec mon association, AGIRabcd, à un projet d’aide au retour pour des étudiants maliens de la région toulousaine, mon intérêt se porte sur la recherche d’informations pertinentes sur le marché de l’emploi.

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, le continent africain est en croissance. Mais cette croissance pourrait être plus dynamique si elle n’était freinée par différents facteurs comme les problèmes de terrorisme, la lutte contre des épidémies virales brutales et les maladies endémiques, les difficultés liées à la mise en place d’une démocratie qui mette en valeur son identité nationale.

De plus la croissance ne s’exprime pas toujours de la même manière que dans notre vieux continent européen.

D’une part, il y a le pays profond qui cherche à adapter son environnement et ses structures  pour lutter contre les carences qui empêchent son développement. Faim, insuffisance alimentaire, sécheresse, désertification, irrigation, gestion des déchets, élevage, agriculture en sont les pôles les plus représentatifs, mais on peut encore citer tout ce qui affecte les relations entre individus comme la gestion de la communauté, les relations hommes-femmes, l’éducation, l’accès aux soins, la micro-finance.

D’autre part, il y a le pays en tant qu’Etat souverain qui cherche à développer les voies de la modernité et de l’innovation pour asseoir sa stabilité économique et politique.

Pour un pays comme le Mali, qui sort difficilement et à petits pas, d’une crise profonde, la problématique est encore plus périlleuse. Elle doit à la fois panser des plaies qui ne sont pas encore cicatrisées, et essayer de trouver une dynamique de valeur ajoutée sociale, professionnelle et économique.

Le Mali possède en plus un énorme réservoir de potentialités, c’est sa diaspora. Mais il faut pouvoir la mobiliser et favoriser le transfert des compétences.

Le secteur public mais aussi le secteur privé doivent prendre en compte ce vivier de compétences sans négliger pour autant les non-migrants.

Il ne faut pas tomber dans le piège du sous-emploi en ne reconnaissant pas les compétences acquises à l’étranger. Je répète qu’au départ il doit y avoir un effort d’orientation qui mette en adéquation les choix professionnels avec les besoins du pays. A l’arrivée, il ne faut pas non plus déflorer l’investissement personnel du diplômé en l’orientant vers du « n’importe quoi » ou vers la création d’entreprise, comme seule possibilité.

Cette analyse peut être retrouvée, enrichie et toujours d’actualité, dans un document de l’OCDE paru en 2012, intitulé « Mobiliser les Compétences des Migrants et de la Diaspora en faveur du développement : quelques pistes stratégiques »

C’est dans cette optique de projet au retour que je recherche à renforcer mon niveau de connaissance. Car l’acte d’accompagnement ne peut pas se limiter au seul soutien personnel. Il doit aussi pouvoir s’appuyer sur une connaissance plus fine des réseaux. Ceci est d’autant plus important, que le public concerné par les projets de retour, est intéressé soit par la recherche d’un emploi stable, soit par le désir de créer sa propre structure.

Il est aussi, et c’est très important, motivé de contribuer à l’essor de son pays.

Mais il y a beaucoup d’obstacles, dont le plus important est l’accès à la connaissance de l’environnement national.

De quoi ont besoin les migrants candidats au retour ?

De toutes les informations qui permettent de faciliter l’accès à l’emploi. Opportunités de stages, offre d’emplois, propositions de projets, créations de projets, supports, formations qualifiantes, marché de l’emploi, aides financières et législatives, et j’en oublie beaucoup d’autres. Outre cela, il y a aussi un besoin énorme de crédibilité de ce qui est annoncé.

Le gouvernement malien et l’ANPE (Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi) ont signé avec le gouvernement français une convention, le PAREM, Programme d’Aide au Retour à l’Emploi au Mali, qui permet d’accompagner une vingtaine de jeunes diplômés dans leur insertion professionnelle en les appuyant financièrement (prise en charge d’une partie du salaire). D’après des récentes informations, 3 étudiants ont bénéficié de ces mesures d’accompagnement.

Il y a peut-être un problème ? Je ne le dis pas naïvement. Je constate qu’il y a aussi un déficit de coordination. L’ADEM, association qui rassemble une partie des étudiants maliens en France peut donner une information sur le PAREM. du moins, elle le diffuse sur son site. Mais d’autres associations reconnaissent rencontrer des problèmes dans la prise d’information ou, tout simplement, ne pas connaître.

Il y a la recherche des opportunités d’emploi, mais il y a aussi la création d’entreprise.

Il existe en France quelques associations qui prennent ce genre de formation et d’accompagnement avec beaucoup de sérieux. Mais cette problématique implique 3 partenaires : le bénéficiaire, l’accompagnateur, et aussi le pays qui verra l’entreprise se développer. Cela nécessite de trouver une infrastructure qui puisse assurer les études de faisabilité, assurer le montage juridique, servir d’intermédiaire avec les banques et les bailleurs de fonds.

En France, l’association existe, j’en connais au moins une, dont c’est la vocation, au Mali, le problème est plus ardu, mais il me semble constater que la nécessité d’un service de qualité se fait sentir.

Il y a beaucoup d’incohérences, tant au Mali qu’en France, beaucoup d’initiatives sans qu’il n’y ait de véritable coordination ou de cohésion dans les efforts à fournir.