Noir tu es parti

Le soleil de la ville était trop sombre, le soleil de la campagne trop aveuglant.
L’air de la ville était étouffant,
l’air de la campagne ocre de sable.
La poussière te nourrissait sans jamais apaiser ta faim.
L’eau du puits était aride et la soif avait un goût d’angoisse.
La souffrance et la tristesse sourdes étaient ton pain quotidien.
Tu te sentais solitaire dans un univers clos réduit à mendier des espaces de travail et de liberté.
Sans espoir.
Noir tu es parti vers des horizons que tu croyais enchanteurs,
Pour revivre cette liberté qui te manquait tellement
Pour trouver un nouveau départ de vie.
Noir tu es parti
Et nègre tu es devenu
Esclave vendu
à la cupidité de l’inhumanité
Ou esclave promis à une mort anonyme
Ou migrant errant fuyant l’opprobre.
Redeviens Noir,
Ne meurs pas, ne deviens pas une ombre pour faire pleurer le monde.
Deviens un homme, une femme
Vit pour construire un horizon dans le monde qui t’appartient
Où le soleil, l’air, la terre, l’eau du puits nourriront des pépinières de liberté.
Meurt s’il le faut au champ d’honneur et ne te perd pas dans un champ d’erreur.