Il faut créer des passerelles

 

Dans notre précédent billet nous avons évoqué le problème de la jeunesse en Afrique.

Ce continent va étouffer sous les coups de cette explosion démagogique. Si rien ne se fait, on accentue la tempête de la radicalisation, on entretient un tsunami migratoire, on laisse mijoter tous les risques d’explosion sociale, on favorise une économie souterraine dans les territoires perdus de la nation.

L’Afrique, ou du moins une partie, doit pouvoir affronter sa jeunesse en perte de repères, en perte de confiance dans les institutions et dont le seul refuge reste la fatalité de la précarité.

Abandonner des mineurs isolés, comme des chiens perdus sans collier, sur les pistes hasardeuses de la migration n’est ni une solution, ni un remède. C’est un déni de réalité qui vient renforcer la précarité, dans un environnement de plus en plus hostile.

Le phénomène n’est pas neuf, il a été dénoncé à nombre de reprises. J’en veux pour exemple, cet extrait tiré d’un film « Autoportrait du Mali : les obstacles à la paix », réalisé en mars 2015 par l’Institut Malien de Recherche Action pour la Paix (IMRAP).

Le phénomène n’est pas neuf bien que des initiatives soient en chantier.

Ces tentatives consistent souvent à emprunter des idées aux pays occidentaux et à vouloir les mettre en place sans se préoccuper de leur faisabilité dans une culture qui a ses propres balises et ses propres indicateurs.

Sur le plan gouvernemental, plusieurs offices ont dans leurs prérogatives le problème de l’emploi et de l’emploi jeunes en particulier.

Deux programmes, sous financement international, viennent soutenir la lutte contre le chômage.

L’un, financé par la Banque Mondiale, est destiné aux jeunes urbains (PROCEJ).

L’accent est très marqué sur la création d’entreprise, par exemple le PROCEJ organise un cycle de formation au Business Plan. Ainsi par exemple, début février 2017, 200 jeunes, sélectionnés parmi 575 postulants, suivront pendant deux semaines, une formation en conception et élaboration d’un plan d’affaires.

« Et au terme de cette formation de deux semaines, un jury composé d’entrepreneurs émérites sélectionnera les 75 meilleurs plans d’affaires parmi les 200 »

Le projet subventionnera ou guidera vers des structures appropriées, les auteurs des 75 meilleurs projets sélectionnés ainsi que les bons projets qui sortiront du lot.

Emploi et entrepreneuriat : 200 JEUNES EN FORMATION POUR CONCEVOIR ET ELABORER UN PLAN D’AFFAIRES

On trouve quelques incubateurs d’entreprises comme « Createam », financé par Orange Mali.

Il faut également parler du projet FIER (Projet de Formation professionnelle, Insertion et appui à l’Entrepreneuriat des jeunes Ruraux) consacré au monde rural, et financé par le FIDA

« L’objectif de développement du Projet FIER est de faciliter l’accès des jeunes ruraux aux opportunités d’insertion et d’emplois attractifs et rentables dans l’agriculture et les activités économiques connexes. A terme, ces jeunes seront les acteurs de filières agricoles modernes, répondant à la demande du marché et résilientes aux changements climatiques. »

« Selon le coordinateur, Héry Coulibaly, le projet FIER cible 100.000 jeunes ruraux, dont 50% de filles, de 15 à 40 ans en quête d’une situation professionnelle. Cette cible se subdivise en deux catégories. La première concerne les jeunes de 15 à 17 ans pour lesquels des dispositifs de formation préprofessionnelle adaptés sont prévus afin de les préparer à l’insertion. Les jeunes âgés d’au moins 18 ans répondant à des profils ou trajectoires différents, seront, eux, appuyés dans leur choix soit pour initier une activité génératrice de revenus (AGR) soit pour promouvoir une micro-entreprise rurale (MER). »

Emploi : LE PROJET FIER AIDERA 100.000 JEUNES RURAUX

Et à côté de cela, il faut saluer l’initiative d’une ONG, Association Jeunesse Action Mali (AJA Mali) qui se pose en incubateur des métiers ruraux. Elle utilise une approche consensuelle des communautés, elle insiste sur la nécessité d’apprendre les fondamentaux et l’incubation au métier d’entrepreneur rural est le fruit d’une longue maturation dont les objectifs de compétence sont pilotés par une feuille de route. Tout le processus est animé par une pédagogie de formation-action.

Voilà trois réponses propres au Mali aux demandes d’emploi de la jeunesse.

La vraie question à notre avis, ce n’est pas de proposer des solutions mais d’aider chaque individu à entrer dans un raisonnement d’activité et de compétences.

Il faut aussi définir les populations cibles. J’en énumère quelques-unes.

Il y a les jeunes diplômés ou non en situation de recherche d’emploi. Les lycéens qui devront faire un choix d’orientation. Ceux qui appartiennent à la catégorie des NEET.

DefNEET
Qu’est-ce que c’est qu’un NEET ? (Fondation ALPHAOMEGA)

Ajoutons à cela le secteur dit informel dont les possibilités d’activité ne sont pas à la hauteur de ses capacités et de son utilité. C’est un emploi traditionnel qui cherche les voies de sa modernité.

Selon moi, une réflexion collective doit être faite sur l’évolution de l’image de l’emploi dans les générations actuelles, sur l’absence de vocation qu’on peut rencontrer dans une large partie de la population en recherche d’emploi et particulièrement chez les jeunes.

Souvent même, la vocation se limite à l’obtention d’un diplôme, quel qu’il soit.

Pourquoi ne pas reprendre la démarche des incubateurs mais sans souci élitiste de création d’une start-up.

Simplement créer des espaces où des jeunes seraient volontairement amenés à réfléchir sur les chemins d’avenir et surtout sur leur futur propre. Contribuer à vaincre leur désarroi et leur isolement devant un emploi qui semble les fuir.

Ces groupes, aidés par des facilitateurs, devraient définir dans leur propre langage les difficultés réelles qu’ils rencontrent et définir ceux qu’ils considèrent comme prioritaires à traiter.

Nous entrons dans une démarche de formation-action qui combine formation et problèmes réels. C’est un processus où les participants sont mobilisés dans l’analyse et la résolution des difficultés rencontrées et acquièrent du savoir-faire et du savoir-être.

« La formation-action, quelquefois appelée formation-coopération lorsque des principes d’auto-organisation la gouvernent, consiste à engager un travail d’apprentissage à partir d’une action motivante et mobilisatrice pour le groupe.
Dans ce cas, l’action va nourrir et déterminer les apports, les recherches, la mobilisation des personnes-ressources. » (Edmond MARC et Jacqueline GARCIA-LOCQUENEUX – « Guide des méthodes et pratiques en formation »)

« Ce qui est recherché, c’est la capacité des acteurs à analyser des situations, à résoudre des problèmes concrets, à formaliser des compétences à partir de l’action et à les transformer en savoirs communicables. »

La finalisation sur des problèmes à résoudre ou des projets collectifs à réaliser constitue la démarche de formation-action.

Il s’agit d’engager un travail d’apprentissage individuel et collectif à partir d’une ou des actions motivantes par l’ensemble des acteurs concernes.

C’est le projet choisi, l’action qui vont déterminer les contenus, le rythme des apports et les recherches engagées pour atteindre l’objectif.

Le processus formatif se déroule en permanence, les acquisitions de savoirs et de savoir-faire sont organises en fonction des besoins exprimes par les participants pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixes.

Ce qui est recherché c’est la capacité́ des acteurs à analyser des situations, à résoudre des problèmes concrets, l’objet n’est pas posé de manière abstraite mais toujours contextualisé. (Analyse d’une démarche de formation-action – Norbert Casas -Juin 1998)

Il permet de poser les bonnes questions. Il permet aussi le déclenchement d’une transition d’une activité individuelle vers une activité collective où les connaissances de chacun s’ajoutent les unes aux autres pour devenir un savoir collectif qui s’enrichit dans les expériences.

Il faut que la communauté s’approprie la dynamique à partir d’une préoccupation commune.

« Ce processus est fondé sur la résolution de problèmes et ne sépare jamais l’apprentissage personnel du progrès collectif d’une équipe ou d’un groupe. »

Enfin, l’accompagnement est un élément majeur de la méthode.

Il est nécessaire d’aider les personnes qui s’engagent dans un changement à prendre conscience de leurs besoins et de leurs limites. C’est l’acquisition de compétences nouvelles qui vont aider les personnes à prendre appui sur les traditions et sur leur vécu pour ouvrir la porte sur des nouvelles pistes.

C’est un dialogue permanent où l’écoute mutuelle est essentielle. Il ne faut pas apporter des solutions toutes faites, mais définir en commun les problématiques en fonction du parcours, des expériences et des ressources des intéressés, ainsi que de leurs objectifs.

Il faut aussi définir le chemin à parcourir, ce qu’il faut acquérir pour permettre une montée en puissance et surtout s’appuyer sur un outil formel de dialogue qui permette de faire le point sur le parcours d’acquisition des compétences, de définir les points forts et les carences ainsi que les mesures à prendre pour atteindre l’objectif défini. Et cela sur la base d’un outil de suivi-évaluation qui permettre la mise en commun du perçu et un accord mutuel sur les décisions à prendre. Et ce point est capital.

Enfin cette démarche d’accompagnement doit s’inscrire dans un processus de transmission et de maillage. Les médiateurs doivent pouvoir former d’autres médiateurs qui assureront le pilotage d’autres groupes et ceci dans un vaste réseau où pourront s’échanger les solutions individuelles et collectives.

Pour garder vivace dans la mémoire collective, une autre manière d’être basée sur un raisonnement d’action, de compétence et d’esprit social et surtout sur la permanence d’un échange.

Ce type approche collective qui s’apparente aussi au coaching peut être utilisée avec des groupes de chercheurs d’emploi ou des membres du secteur informel, de manière plus générale avec des populations qui relèvent de la classification des NEET (« ni en emploi, ni en éducation, ni en formation »).

Il est aussi important, sinon essentiel, de l’inscrire dans un modèle économique.

Il faut qu’un projet réponde à un besoin exprimé par ceux qui en seront les destinataires, bénéficiaires ou clients.

Il faut pouvoir les questionner au préalable de toute action à entreprendre pour avoir des réponses à des questions fondamentales :

De quoi ont-ils besoin et comment pouvons-nous les aider ? Quelles sont leurs aspirations et comment contribuer à les réaliser ? Comment préfèrent-ils qu’on leur parle ? Comment en tant qu’initiateur de projet, avons-nous notre place dans leur environnement ? Quelles relations souhaitent-ils que nous établissions avec eux ? Pour quelles propositions de services, sont-ils réellement prêts à s’engager ? etc.

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