« Je dois créer un système qui me soit propre ou bien être l’esclave de celui de quelqu’un d’autre! » William Blake

Publiée sur le journal Le Monde, l’émission « Cartes sur table » propose un décryptage sur le thème « Comprendre les migrations vers l’Europe »

L’un des intervenants, Georges-François Dumont, professeur à la Sorbonne, fait remarquer que :

« Le départ de pays africains qui ont des possibilités de développement incontestable, compte tenu de leur potentiel, est un drame pour ces pays. Il faut comparer des pays comme l’Érythrée, qui sont en position de dictature, et des pays comme le Sénégal, qui n’a jamais eu de régime militaire et qui a même connu des alternances démocratiques. Encourager des jeunes sénégalais à partir, c’est au détriment du développement du Sénégal. Et si je prends d’autres pays, qui ne sont ni des dictatures, ni des pays comparables au Sénégal, mais où vous avez des potentats qui règnent sur le pays avec des systèmes de corruption, souvent c’est leur intérêt de voir les hommes partir parce que cela prive la société civile de toute une jeunesse qui pourrait se mobiliser pour faire évoluer ces pays vers plus de démocratie et plus de développement. »

J’ajouterais que comme beaucoup de pays qui pratiquent un mode de gouvernance démocratique, le Mali a compris que sa diaspora pouvait devenir un partenaire fort de développement, sans très bien savoir comment la mettre à profit. Sinon par des transferts de fonds des maliens de l’extérieur évalués à environ 800 millions de dollars en 2014 (source banque Mondiale).

transfert-afrique-2014

Ou par le renforcement de son élite grâce à des bourses d’études accordées aux élèves les plus méritants (Bac avec mention) à l’issue d’un concours de sélection sévère.

Mais même pour ces « boursiers de l’excellence », le retour au pays est difficile à envisager car aucune stratégie globale réelle de retour n’est mise au point. Les perspectives d’emploi restent liées à la situation socio-économique troublée du pays qui doit renforcer son intégrité nationale et territoriale, faire face au danger terroriste qui met en péril sa sécurité, relancer son économie dans un climat déprimé par les incertitudes, Seule la fonction publique peut satisfaire ceux qui peuvent bénéficier de l’appui du sérail. Il y a aussi la constellation des ONG qui offre des emplois temporaires. Et enfin la création d’entreprise qui présente un large champ d’ouverture à ceux qui le peuvent.

Le Mali continue donc de connaître un fort taux de migration et beaucoup de ceux qui ont tenté l’aventure, poussés par la pauvreté et la désespérance de travail, se sont perdus, engloutis dans les vastes cimetières marins.

Mais ce ne sont ni les plus pauvres, ni les plus démunis, ni les moins qualifiés qui prennent les chemins de l’exil. Les coûts de migration sont trop chers. Ils sont bien envoyés par leurs familles pour participer à l’effort financier de retour. (voir ici)

Pour Hans Timmer, Directeur du Groupe des perspectives de développement de la Banque Mondiale, cité dans un rapport parlementaire sur la politique française d’immigration :

« Les envois de fonds constituent un apport financier crucial qui accroît directement les revenus des familles de migrants. Ces envois entraînent une augmentation des investissements dans la santé, l’éducation et les petites entreprises. »

Comment arrêter un phénomène qui est inscrit dans un système très efficace de redistribution des richesses, bien plus efficace que toute politique de développement. L’argent arrive là où il est nécessaire pour satisfaire des besoins bien identifiés.

Mais a-t-on vraiment pensé au retour seulement comme un mouvement naturel qui « allait de soi » ?

Bien sûr des agences de promotion de l’emploi comme l’ANPE-Mali ont mis ce problème dans leurs priorités et mis en place certaines mesures comme le PAREM.

Pour répondre à l’urgence actuelle, le gouvernement malien vient de décider la mise en oeuvre d’un projet appelé « Politique nationale de Migration » (PONAM).

« L’objectif général de la PONAM est d’assurer une meilleure gestion de la migration afin qu’elle contribue à la réduction de la pauvreté et au développement durable du pays », politique axée sur deux volets essentiels comme « la gestion des migrations conformément aux normes internationales et la mise en relation de la migration et du développement (appui aux migrants de retour à travers des projets de réinsertion, et la sensibilisation à travers les missions à l’étranger pour attirer les investisseurs de la diaspora). »

Des critiques s’élèvent contre cette politique mettant en doute la concrétisation d’une politique locale de développement, critiques qui émanent principalement de représentants de la région de Kayes dont beaucoup de ressortissants sont « obligés d’aller mourir en mer », mais dont une grande majorité alimente les flux financiers du Nord vers le Sud.

Au-delà du fait que le Mali veut consacrer 120 milliards de FCFA (183 millions d’euros) au phénomène de la migration rien n’est dit de concret sur la manière dont cet argent va être utilisé.

Il n’est pas nécessaire d’attirer les investisseurs de la diaspora, ils ne sont que trop présents, mais bien de développer une volonté politique de développement, en dehors des sérails, qui donne un sang neuf au pays et efface toutes les velléités anarchiques et les compromissions. C’est le véritable fondement du renforcement de l’intégrité nationale et territoriale.

Le problème pour ceux qui se trouvent en France et qui veulent renter au pays, ce n’est pas de concevoir leur projet professionnel, mais bien de pouvoir l’identifier et d’en vérifier la faisabilité.

Le problème est apparemment simple. Mais compte tenu du problème de l’éloignement, il faut pouvoir mettre en place des liens très forts et établir des relations de confiance avec leurs partenaires restés au pays.

L’idéal, c’est de pouvoir le faire en toute indépendance, en utilisant ses propres réseaux, comme le font les grands acteurs de la diaspora, et non pas en ayant recours à des conseils extérieurs dont l’expertise n’est pas toujours certifiée.

Les boursiers de l’excellence, regroupés au sein d’une « Cellule Pour le Développement du Mali », en ont les moyens. Cette organisation est répartie en 2 représentations, l’une en France, l’autre à Bamako, en dialogue permanent.

Ils peuvent donc, en toute liberté, participer activement à l’élaboration des scénarios d’insertion et mettre au point les pistes qui satisferont la fonction d’utilité qu’ils veulent assumer. Et dans tous les secteurs de l’économie, comme l’énergie, l’eau, les nouvelles technologies, l’agriculture, la téléphonie. les exemples abondent.

Ils peuvent ainsi, comme bien d’autre, créer un système qui leur est propre, tout en respectant leur éthique de développement et de contribution nationale.

PS : William Blake, peintre, poète préromantique anglais de la fin du 18ème siècle